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Amélie nothomb – Le Voyage d’hiver

  Tomber amoureux l’hiver, n’est pas une bonne idée. Les symptômes sont plus sublimes et plus douloureux. La lumière parfaite du froid encourage la délectation morose de l’attente. Le frisson exalte la fébrilité. Qui s’éprend à la Sainte-Luce encourt trois mois de tremblements pathologiques. Les autres saisons ont leurs minauderies, bourgeons, grappes et feuillages où engouffrer ses états d’âme. La nudité hivernale n’offre aucun refuge. Il y a plus traître que le fameux mirage du froid, l’oasis du cercle polaire, scandale de beauté rendu possible grâce à la température négative. L’hivers et l’amour ont ceci de commun qu’ils inspirent le désir d’être réconforté d’une telle épreuve, la coïncidence de ces deux saisons exclut le réconfort. Soulager le froid par la chaleur écœure l’amour d’une impression d’obscénité, soulager la passion en ouvrant la fenêtre sur l’air vif envoie au tombeau en temps record…

« Je hais la haine et pourtant je la ressens. Je connais ce venin qui s’inocule dans le sang en une morsure et qui infect jusqu’à l’os. L’acte que je m’apprête à accomplir en est l’expression pure. Si c’était du terrorisme, j’inventerais à ma haine un déguisement nationaliste, politique ou religieux. J’ose dire que je suis un monstre honnête ; je n’essaie pas de donner à mon exécration une cause, un but ou des lettres de noblesse. Affubler un dispositif de destruction d’un motif, que qu’il soit, me répugne. »

« Il paraît qu’à l’instant de mourir, on voit défiler sa vie entière en une seconde. Je saurai bientôt si c’est vrai. Cette perspective me plaît, je n’aimerais pour rien au monde manquer le best of de mon histoire. Si j’écris, c’est peut-être pour préparer le travail du moteur qui sélectionna les images : lui rappeler les meilleurs moments, suggérer de laisser dans l’ombre ceux qui m’auront moins importé. Si j’écris, c’est aussi de peur que ce fulgurant film n’existe pas. Il n’est pas exclu que ce soit un bobard et qu’on meure stupidement, sans rien voir tout. L’idée de m’anéantir sans cette transe récapitulative me désolerait. Par précaution, je vais essayer de m’offrir ce clip par l’écriture. »

« Les attentats n’existent que pour le qu’en-dira-t-on et pour les médias, ce commérage à l’échelle planétaire. On ne détourne pas un avion pour le plaisir, mais pour occuper la une. Supprimez les médias et tous les terroristes se retrouveront au chômage. Ce n’est pas demain la veille. »

« Le froid n’était plus une menace, mais une puissance impérieuse qui nous animait, qui parlait en son nom : « Je suis le froid et si je règne dans l’univers c’est pour un motif si simple que nul n’y a songé : j’ai besoin qu’on me ressente. C’est le besoin de tout artiste. Aucun artiste n’a si bien réussi que moi : tout le monde et tous les mondes me ressentent. Quand le soleil et les autres étoiles se seront tous éteints, moi je brûlerai encore, et tous les morts et tous les vivants éprouveront mon étreinte. Quels que soient les desseins du ciel, la seule certitude est que le dernier mot me reviendra. Tout d’orgueil n’empêche pas l’humilité : je ne suis rien si l’on ne me ressent pas, je n’existe pas sans le frisson des autres, le froid aussi a besoin de combustible, mon combustible est votre souffrance à tous, pour les siècles des siècles. J’endurais bravement le froid, non seulement pour partager le sort de ma bien-aimée, mais aussi pour offrir mon hommage à l’artiste universel. »

« J’ignore ce qu’est la réussite d’une histoire d’amour, mais je sais ceci : il y pas d’échec amoureux. C’est une contradiction des termes. Eprouver l’amour est déjà un tel triomphe que l’on pourrait se demander pourquoi l’on veut d’avantage. »

Le Voyage D’Hiver [9782226193933] – 200,00Dhs : LivreMoi.ma, Votre Librairie au Maroc.

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  1. décembre 14, 2010 à 10:10

    Je n’ai toujours pas lu Amélie Nothomb. Je ne suis pas très littérature contemporaine : j’aime surtout le fantastique, l’historique, le classique. Mais cette femme me fascine et ça fait des années que je me dis qu’il faut que je la lise. Merci pour ces extraits qui me la font connaître un peu mieux. Je crois vraiment que je vais tenter.

    • décembre 15, 2010 à 1:01

      Depuis,Stupeur et tremblement, je suis devenue une fan assidue de Nothomb. J’aime beaucoup son style: agréable et fluide mais nous laisse sur notre faim…question de temps 2/2:30h max ça vaut le coup!fonce!

  1. décembre 30, 2010 à 1:51
  2. janvier 7, 2011 à 2:24
  3. janvier 12, 2011 à 2:40
  4. janvier 13, 2011 à 3:16
  5. janvier 16, 2011 à 6:44
  6. février 19, 2011 à 1:02
  7. février 23, 2011 à 10:19
  8. mars 13, 2011 à 12:02

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