Prix Booker 2014: Et les nominés sont …

https://i2.wp.com/www.aufaitmaroc.com/pictures/0044/4421/DSC00812_27012011114547.jpg

Parmi la liste des 16  œuvres nominées du prix Booker du roman arabe 2014 se trouvent 3 romans marocains:

  • Un rarissime oiseau bleu s’envole avec moi  de Youssef Fadel  – Dar al Adab
  • La saison de la pêche au brochet de Islam Ghazali – Dar al Ain
  • La geste de l’ 3abdi , connu par Oueld el Hamria de Abderahim Lahbibi – Afrique Orient

C’est bien connu nul n’est prophète dans son pays,  le seul auteur que j’ai lu reste Younes Fadel. Nourri de son quotidien, notre autodidacte casablancais est un modèle à suivre dans l’art de la diglossie. Il n’écrit pas en Darija parce que c’est un problème national ou politique,  il préférè les mots du bled parce que c’est une question de feeling. La Darija ça sort mieux…ça se sent mieux.

Les Topographes (2005)
C’est la porte 2 ? On m’a dit qu’elle se trouve par là. Le chef, il me dit de suivre le mur. Quel mur je lui réponds. On n’a pas encore construit le mur. Il me dit tu vas suivre ce mur oui ou non ? Alors moi je suis le mur qui est dans la tête du chef. Et je cherche la porte 2 qui est dans la tête du chef. Avant j’étais devant la porte 4 (qui se trouve aussi là où je vous ai dit). Et ce matin il m’envoie à la porte 2. Il n’a pas aimé ma gueule. C’est ce qu’il a dit. Mais moi je sais pourquoi. Parce que j’aime rigoler. Je me moque de tout. Le rire prolonge la vie. Il n’y a rien au monde qui ne me fasse pas marrer. Quand je me retrouve seul et que je n’ai rien à faire, je passe mon temps à me moquer du chef. Alors lui, il l’a appris. C’est pour ça. Mais au lieu de le dire, il me parle de ma gueule. Et pourquoi, avant, ma gueule, il la trouvait sympathique ? Mes camarades me disent nous aussi on est passé par-là. T’as pas à t’inquiéter, qu’ils me disent. Va le voir dans son bureau, dans un de ses bons moments et tu lui demandes pardon. Et s’il continue à ne pas aimer ma gueule ? Continue à aller le voir. Continue à lui demander pardon. Jusqu’au jour où… C’est ce que nous faisons tous. Nous aussi on trouve la combine un peu compliquée mais c’est comme ça chez nous à la douane. Et si ça continue ? Qu’est-ce que je fais ? Alors va voir le toubib. Ou bien le fquih. Pour qu’il t’écrive un talisman. Nous portons tous un talisman quand les choses se gâtent. Moi aussi j’en porte un de talisman. Et je vais bien. Je ne suis plus inquiet. Mon appétit s’est ouvert. Et j’en bouffe, des choses, depuis.

Revenant au Booker 2014,  les jurés se réuniront de nouveau le 10 février pour la 2 ème sélection avant la proclamation du Booker 2014, le 29 Avril à Abou Dhabi. L’œuvre primée recevra 60000 dollars…espérant qu’elle fera le bonheur d’un marocain!

JAABOUQ (LE JOINT)

jaabouq
jaabouq

LE LIVRE :
Premier ouvrage d’un jeune Marocain de talent, Hicham Tahir, « Jaabouq » est un recueil de nouvelles sans concessions mettant à nu, avec ironie et de façon crue
et directe, quelques contradictions sociales marocaines. Dans la droite ligne des grands auteurs Marocains, des thèmes connus mais traités avec un angle neuf et un certain détachement.

L’AUTEUR :
Originaire de Kénitra, Hicham Tahir, 23 ans, est représentatif, par son langage et son engagement, de l’évolution de la jeunesse marocaine durant ces 10 dernières années. Populaire et débrouillard, osé et totalement décomplexé, branché mais sans jamais perdre de vue le monde modeste où il a grandi, l’auteur nous donne à voir le Maroc de ce début du 21ème, un Maroc plus audacieux qu’on ne le pense, plus dur, plus cru. Hicham Tahir a écrit ce recueil de nouvelles parallèlement à son travail dans la publicité, notamment à Hit Radio. Il a publié ses premiers textes dans le livre collectif « Lettres à un jeune marocain’
(Editions du Seuil, 2009, sous la direction d’Abdellah Taïa) et dans le numéro spécial Jean Genet de la revue « Nejma »: « Jean Genet, un saint marocain » (Edition La librairie des Colonnes, 2010).

Extrait de JAABOUQ :

« Deux ans…ça a durée deux ans. Deux ans de mirages. De désert. De sable. De soleil, même la nuit. Le grand Sahara , la grande Mama Africa, je l’ai connue longtemps, profondément. Mes pieds aussi l’ont connue, aussi secs que ma gorge. Surtout dans ces journées qui caressaient violemment les 40 ou 50°. Mes mains, sèches et percés. Mon corps, plus les jours passaient, plus il devient svelte. Mes lundis ressemblaient à mes mardis, jeudis ou samedis. les jours passaient tellement vite, ils se rassemblaient au point que je perdais la notion du jour, la notion de la nuit, la notion du temps…le temps? Deux ans . Après de longues randonnées non désirées et quelques viols en série mon premier enfant naquît. Un garçon. Fils de mère burkinabée. Fils de père béninois. Fils né après une nuit de baise malienne. fils né mauritanien. Il est international mais puise sa source et ses origines dans le continent le plus vieux de la terre. »

Jaabouq De Hicham Tahir, Casa Express Edition, 2012, 978-9954-9122-1-8 ,  128 pages,  12 € / 90 Dh