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« L’imposture des mots » Yasmina Khadra

Avec humour et perspicacité, Yasmina Khadra raconte sa vie de soldat et d’écrivain en disant ce que ces deux carrières lui ont apporté, sans renier celle qui lui vaut une suspicion vite oublieuse que le romancier risquait la vie de l’officier dans un pays où la langue de bois fleurissait aux quatre saisons et malheur aux braconniers!

En voici quelques extraits :

 » Si la rose savait que sa grâce et sa beauté la conduisent droit dans un vase, elle serait la première à se trancher la gorge avec sa propre épine. Mais elle ignore, et c’est dans cette poche d’ombre qu’elle puise la sève de sa survivance. »

« La promesse n’est-elle pas plus enthousiaste que l’engagement, le ragot plus retentissant que l’aveu, la confession moins stimulante que le soupçon ? qu’est-ce que le bâton de Moïse devant la baguette de David Copperfield? Un funambule progressant sur le fils d’un rasoir ne situerait-il pas ses performance au-delà de celles d’un messie marchant sur l’eau. »

 » L’horreur étant humaine au même titre que le ridicule, les hommes singeront l’autruche jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ainsi avance l’humanité, aveuglée par ses vanités. Les illuminés n’y verront que du feu, les astrologues que des étoiles filantes. Là où s’aventureront les bonnes intentions, l’enfer leur collera au train; là où elles élèveront des stèles, on criera au sacrilège; là où elles dresseront des mâts de cocagne, on y taillera des gibets. Les sages n’auront de cesse de prêcher dans le désert; les crétins puiseront leur bonheur en chaque foutaise, les génies seront évincés par d’illustres nigauds et le bas d’honneur galvanisera les foules mieux qu’un fait d’armes …Bien sûr, il y aura des éclaircies par moments. Le hasard fera bien les choses de là à en profiter, c’est une autre paire de manche. »

« Aucune fille, aucune veuve, aucune vielle pute déchue ne daigne déceler l’être sensible et malheureux qui s’amenuise derrière l’ingratitude d’un physique dessiné pourtant par le Seigneur lui-même. Vise-moi cette gueule. J’ai brisé tous mes miroirs et j’évite d’approcher les cours d’eau. Et a corps tordu comme un coup fourré! Bordel, il avait la tête où, le bon Dieu, pendant qu’il me fabriquait? »

« Un jour, ne supportant plus mes dépressions, ma femme m’a dit: « Ne cherche pas à être le meilleur. Essaie seulement de donner le meilleur de toi-même. » Dans le mille. C’était exactement cela. Ma femme avait mis le doigt là où le bât me rongeait. L’origine du dysfonctionnement qui caractérisait mes errements était enfin localisée. D’un coup, mon équilibre mental a retrouvé ses marques, son point d’appui. Plus besoin de se couvrir de ridicule en cherchant ailleurs ce qui était à portée de ma main: ma vérité celle qui se détourne pas quand je la coince sans une glace, qui se confond en excuses lorsque c’est moi qui faute. En m’éveillant à moi-même, j’ai conjuré mes vieux démons. Par pelotons entiers. Sans exception. Je savais désormais ce que je voulais, ce dont j’étais capable et ce à quoi il me fallait renoncer au plus vite. »

 » Ah! L’impénitente croqueuse de talents! Paris n’a pas plus d’égards pour un rejeton qui jette sa gourme que pour un allié bancal lui faisant allégeance. Sa grâce et sa fortune l’exemptant de complaisance, elle n’a d’yeux que pour sa splendeur, narcissique à se noyer dans un miroir. Pas une seule ride depuis la dernière fois que je l’ai entrevue, il y a plus d’une décennie. Sa morgue se veut immuable. Je me demande à quoi elle ressemblerait si elle venait à s’en défaire. Mais Paris n’étant Paris qu’en surplombant son monde, le moindre sourire la défigurait. Je mettrais ma main au feu qu’elle se couche maquillée. »

« Le monde que voici n’est pas le meilleur des mondes. Il ne faut pas se leurrer. Il est seulement celui que j’ai aimé à l’heure où rien ne me réussissait. Est-il beau? je veux bien le croire, comme la femme qu’on épouse, que l’on proclame le plus belle pour avoir troublé notre âme un peu plus que les autres et qui, pour cette raison, bénéficie de notre indulgence lorsque, en remettant les pieds sur terre, ou réalise à quel point elle est ordinaire, sinon quelconque. »

« Le mal, qui a trop duré, laisse un grand vide en disparaissant. Maintenant que je ne suis plus soldat, qui suis-je? Maintenant que n’obéis plus aux ordres, que je ne marche plus au pas, que je ne suis plus obligé de claquer des talons dès qu’on me toise d’en haut, que vais-je faire de mes années de plomb que je trimbale comme une multitude de boulets; comment me débarrasser de mes réflexes pavloviens et quelle attitude adopter pour être moi- rien que moi- c’est-à-dire quelqu’un dont j’ignore tout?

« Ce n’est plus le génie, c’est la notoriété qui fait vendre. T’es tenté, vas-y. Sujet de prédilection: inceste, ragots, parricide, apologie de la haine, révélations bidons, pornographie…Y a pas d’autres recettes, mon gars. Et y a pas trente-six solutions. Alors, pour l’amour du ciel, ne nous fais pas chier avec ton platonisme littéraire. C’est grotesque, insipide et triste à mourir. Tu veux faire intéressante montre tes fesses; tu veux intéresser, écartes-les. Le monde ne réfléchit plus; il se reflète. »

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  1. juillet 24, 2010 à 9:46

    Et le mieux ! c’est grâce à toi que j’ai acheté ce livre ! J’avais beaucoup aimé les hirondelles, j’attends de lire l’attentat… là je suis un peu plus réservée, mais je reconnais que Khadra est un auteur de grande qualité !

    • juillet 24, 2010 à 5:54

      Normalement je dois te rembourser:)) je viens de me procurer les sirènes de Bagdad…vivement le partage!

  2. lilou
    juillet 8, 2012 à 12:55

    Magic,,je ne trouve pas de mots !!!

  1. novembre 23, 2010 à 1:27

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