Accueil > Albert Camus > « Les justes » Albert Camus

« Les justes » Albert Camus

Jamais, sans doute, dans l’œuvre théâtrale de Camus, l’amour n’avait pris un visage plus émouvant que dans les justes. Entre Kaliayev et Dora ces meurtriers délicats, il y a le malheur d’un peuple… En exergue à cette pièce révolutionnaire Camus mis cette citation de Shakespeare « O love! O life! not life, but love in death! »

En voici quelques extraits :
 » Pour se suicider, il faut beaucoup s’aimer. Un révolutionnaire ne peut pas s’aimer. « 

 » Je sais ce qu’il pense. Schweitzer le disait déjà: « Trop extraordinaire pour être révolutionnaire ». Je voudrais leur expliquer que je ne suis pas extraordinaire. Ils me trouvent un peu fou, trop spontané. Pourtant, je crois comme eux à l’idée. Comme eux, je veux me sacrifier. Moi aussi, je puis être adroit, taciturne, dissimilé, efficace. Seulement la vie continue de me paraitre merveilleuse. J’aime la beauté, le bonheur! C’est pour cela que je hais le despotisme. Comment leur expliquer? La révolution, bien sûr! Mais la révolution pour la vie, pour donner une chance à la vie… »

 » Voilà trois ans que j’ai peur, de cette peur qui vous quitte à peine avec le sommeil, et qu’on retrouve toute fraîche le matin. Alors il a fallu que je m’habitue. J’ai appris à être calme au moment où j’ai le plus peur. Il n’y a pas de quoi être fière. »

 » Vivez-vous dans le seul instant? Alors choisissez la charité et guérissez seulement le mal de chaque jour, non la révolution qui veut guérir tous les maux, présents et à venir. »

 » En prison, il n’y a pas de décision à prendre. Oui, c’est cela, ne plus prendre de décision! N’avoir plus à se dire : » Allons, c’est à toi, il faut que, toi, tu décides de la seconde où tu vas t’élancer ». Je suis sûr maintenant que si je suis arrêté, je n’essaierai pas de m’évader. Pour s’évader, il faut encore de l’invention, il faut prendre l’initiative. Si on ne s’évade pas, ce sont les autres qui gardent l’initiative. Ils ont tout le travail. »

« Aujourd’hui, je sais ce que je ne savais pas. Tu avais raison, ce n’est pas si simple. Je croyais que c’était facile de tuer, que l’idée suffisait, et le courage. Mais je ne suis pas si grand et je sais maintenant qu’il n’y a pas de bonheur dans la haine. Tout ce mal, tout ce mal, en moi et chez les autres. Ce meurtre, la lâcheté, l’injustice…Oh il faut, il faut que je le tue…Mais j’irais jusqu’au bout! Plus loin que la haine! »

 » Nous l’aimons, c’est vrai. Nous l’aimons d’un vaste amour sans appui, d’un amour malheureux. Nous vivons loin de lui: enfermés dans nos chambres, perdus dans nos pensées. Et le peuple, lui , nous aime-t-il? Sait-il que nous l’aimons? Le peuple se tait. Quel silence, quel silence. »

« Peut-être. c’est l’amour absolu, la joie pure et solitaire, c’est celui qui me brûle en effet. A certaines heures, pourtant, je me demande si l’amour n’est pas autre chose, s’il peut cesser d’être un monologue, et s’il n’y a pas de réponse, quelquefois. J’imagine cela, vois-tu: le soleil brille, les têtes se courbent doucement, le cœur quitte sa fierté, les bras s’ouvrent. Ah! Yanek, si l’on pouvait oublier, ne fut-ce qu’une heure, l’atroce misère de ce monde et se laisser aller enfin. Une seule petite heure d’égoïsme, peux-tu penser à cela? »

« Un juge, ça a des hauts et des bas. Ça dépend s’il est marié, et avec qui. Et puis, tu es barine. Ce n’est pas le même tarif que pour les pauvres diables. »

 » Ce n’est jamais bon. Seulement on boit parce qu’on est humilié. Un temps viendra où il ne sera plus utile de boire, où personne n’aura plus de honte, ni barine, ni pauvre diable. Nous serons tous frères et la justice rendra nos cœurs transparents. »

 » Je ne peux plus rester seule. Auparavant, si je soufrais, il pouvait voir ma souffrance. Souffrir était bon alors. Maintenant…Non, je ne pouvais plus être seule, me taire… Mais à qui parler? les autres ne savent pas. Ils font mine d’être tristes. Ils le sont, une heure ou deux. Puis ils vont manger et dormir. Dormir surtout… J’ai pensé que tu devais me ressembler. Tu ne dors pas, j’en suis sûre. Et à qui parler du crime, sinon au meurtrier? « 

 
 » Mourir avec elle! Ceux qui s’aiment aujourd’hui doivent mourir ensemble s’ils veulent être réunis. L’injustice sépare, la honte, la douleur, le mal qu’on fait aux autres, le crime séparent. Vivre est une torture puisque vivre sépare.  »

Les Justes [9782070364770] – 60,00Dhs : LivreMoi.ma, Votre Librairie au Maroc.

Publicités
  1. juin 19, 2010 à 7:44

    A quand un extrait du Tae Te kin sur le taoisme.

  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :