L’École des indifférents de Jean Giraudoux

L’Indifférent de Watteau

Dans « L’école des indifférents » Jean Giraudoux nous fait explorer grâce à l’esthétique du détail trois personnages « Jacques l’égoïste,  Bernard le paresseux et le faible Bernard ». La métaphore giralducienne loin de traiter les objets comme les humains et les humains comme des dieux, compare plutôt les humains à des objets et se livre à d’insolites jeux d’échanges entre le concret et l’abstrait. Une écriture poétique  avec des images en mouvement associant imagination, humour, fantaisie, lyrisme et profondeur philosophique!

« Quelle tristesse de se réveiller, de se lever! Il ne fallait pas nous apprendre à dormir une première fois: nos parents sont bien coupables. Égoïste! je me sacrifierais, à la condition de ne point me lever, pour un condamné à mort, pour un mandarin inconnu. Tous mes droits sur le monde, sur la richesse, sur les femmes, je vous les abandonne. Emportez mes livres. Mon argent est au font du troisième tiroir de ma commande, dans une ancienne boite à pilules…Prenez-le. Ne me laissez que le portrait de madame de Sainte-Sorbonne, je dois aller la voir aujourd’hui. Et je vais être beau! J’ai dormi sur le côté gauche, il faudra repassez  chez le coiffeur, où est ma glace? A quoi ressemblé-je, ce  matin?« 

« Singulier ami! A mesure que je m’éloigne de lui, il me semble moins le connaître; un jour passé sans  lui me le rend presque indifférent. Notre amitié ne se creuse point, ne se prolonge point en nous par des racines que chaque jour dédouble. Rien ne s’est modifié en moi du fait que je vis près de lui, si ce n’est que j’ai gagné, pour juger et animer le monde, son ironie, son lyrisme et son humour commodes. »

 » J’ai aussi une amie. Une amie que je n’aimerais pas moins si elle était moins trépidante. C’est elle qui est chargée dans le monde d’établir les courants d’air. Elle ouvre sans répit les portes d’armoire, les tiroirs, les coffrets… Son agitation ne l’empêche pas d’être rêveuse. C’est le temps qui trépide en elle comme dans les horloges. Comme les horloges, elle paraît toujours distraite, aveuglée. Je suis sûr qu’elle pleure, qu’elle rit en marchant. Pleurer d’ailleurs n’est pas assez dire. Elle ne pleure pas, elle sanglote. Cela dure juste vingt secondes, et ses yeux ne sont jamais rouges. Ils sont en mica.« 

« Il me semble maintenant que ma journée n’a plus de but, comme lorsque j’ai retrouvé un nom cherché pendant des heures. »

« Vous, vous êtes égoïstes. Vous plaisez, vous amusez, vous êtes de bon conseil. Mais chacun de vos gestes cache un arrière-geste. Vous ne prenez jamais parti entre deux personnes. Jamais vous ne m’avez contredite, jamais non plus vous ne m’avez approuvée qu’avec condescendance. Tout le monde aime confier des secrets à un ami, ainsi qu’on se plaît à enfermer une boite précieuse dans un coffret plus grand; vous, je crois que vous est indifférent, vous êtes  de ceux qui s’attendrissent plus sur la photographie de leurs amis que sur leurs amis eux-mêmes.« 

« Son corps reste un mannequin modèle et le linge glisse sur lui comme sur une statue. Son visage n’a pas d’ombre, pas de faiblesse: on n’y modèlera que l’indispensable; avec mille précautions on y posera le nez, la bouche et les yeux, de sorte qu’elle est aux autres femmes ce que sont les hommes rasés aux hommes barbus. Ses seins se gonflent, et parfument, ses genoux s’effleurent. »

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2 commentaires sur “L’École des indifférents de Jean Giraudoux

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