« Je lis ton corps et…me cultive » Nizar Kabbani

Magritte, Liaisons dangereuses, 1936

Dans les poèmes de Nizar Kabbani, il ne s’agit pas de la femme dans le sens étroit du terme, mais bien plutôt de la femme traversant les âges de l’humanité et hantant l’inconscient de l’homme. Un éternel féminin qui a pour nom Amour en tant que force cosmique; cette femme qui aux bras de laquelle dit-il lui-même « se sont apprivoisés le premier et le dernier mâles de l’humanité ».

« …Ô ma bien aimée,
Qu’est-ce donc que cette patrie
Qui se comporte avec l’amour
En agent de circulation?
Cette patrie qui considère que la rose
Est un complot dirigé contre le régime,
Que le poème est un tract clandestin
Rédigé contre le régime,
Qu’est-ce donc que ce pays.
Façonné sous forme de criquet pèlerin
Sur son ventre rampant
De l’Atlantique au golfe
et du golfe à l’Atlantique
Parlant le jour comme un saint
Et qui, la nuit tombant,
Est pris de tourbillon
Autour d’un nombril féminin?
Qu’est-ce donc cette patrie
Qui exerce son infamie
Contre tout nuage de pleine chargé,
Qui ouvre une fiche secrète
Pour chaque sein de femme,
Qui établit un PV de police
Contre chaque rose?

Ô ma bien aimée,
Que faisons-nous encore dans cette patrie
Qui craint de regarder
Son corps dans un miroir
Pour ne pas le désirer?
Qui craint d’entendre au téléphone
Une vois féminine
De peur de rompre ses ablutions?
Que faisons-nous dans cette patrie égarée
Entre les œuvres de Chafii et de Lénine,
Entre les matérialisme dialectique
Et les photos pornos,
Entre les exégèses coraniques
Et les revenues Play Boy,
Entre le groupe Mutazélite
et le groupe des Beatles,
Entre Rabia al-Adawiyya
et Emannuelle?

Ô toi être étonnant
Comme un jouet d’enfant
Je me considère comme homme civilisé
Parce que je suis ton amant,
Parce qu’ils sont tes contemporains
Toute époque avant tes yeux
Ne peut être qu’hypothétique,
toute époque après tes yeux
N’est que déchirement;
Ne demande donc pas pourquoi
Je suis avec toi:
Je veux sortir de mon sous-développement
Pour vivre l’ère de l’eau,
Je veux fuir la république de la soif
Pour pénétrer dans celles du Magnolia,
Je veux quitter mon état de Bédouin
Pour m’asseoir à l’ombre des arbres,
Je veux me laver dans l’eau des sources
et apprendre les noms des fleurs.
Je veux que tu m’enseignes
La lecture et l’écriture
Car l’écriture sur ton corps
Est le début de la connaissance:
S’y engager de la connaissance:
S’y engager est s’engager
Sur la voie de la civilisation
Ton corps n’est pas ennemi de la culture,
Mais la culture même
Celui qui ne sait pas faire la lecture
De l’Alphabet de ton corps.
Restera analphabète sa vie durant. »

Nizar Kabbani

(traduit en français par Mustapha El Kasri )

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4 commentaires sur “« Je lis ton corps et…me cultive » Nizar Kabbani

  1. La femme cachée par le miroir peut-être connue par quelqu’un qui la connaît, d’où cette nudité sur le reflet du miroir. Mais qui donc peut la connaître aussi bien pour la voir nue ? Un peintre, un docteur ou …

    Comme l’écriture sur son corps est le début de la connaissance …

    (Sympa ce changement de thème :-) )

    1. Au sujet de ce visible caché Magritte écrit dans une lettre à Bosmans: »A propos de l’invisible, j’entends ce qui n’est pas visible; par exemple le chaud, la pesanteur, le plaisir…mon « rien de ce qui est invisible ne peut être caché à nos regards » est une banalité exprimé comme ceci: l’invisible, sa différence d’avec le visible est de ne pouvoir être apparent à notre regard, il ne peut être caché non plus »…

      À la longue, j’ai fini par me lasser…c’est l’été, le soleil tape fort:))

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