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L’Egypte vue par les Occidentaux

« Comment vivre en Égypte en tant que femme occidentale? Durant les années que j’ai passées au Caire, on m’a souvent posé cette question lorsque je rentrais dans ma Finlande natale ou lorsque je voyageais ailleurs qu’au Proche-Orient. Je répondais brièvement: C’est différent.
En réalité, on m’a tellement posé cette question que j’ai décidai d’écrire un livre sur l’Égypte. J’ai d’abord envisagé de décrire les circonstances de mon arrivée au Caire comme étudiante en arabe âgée de 22 ans qui n’avait pas beaucoup voyagé et n’avait encore jamais entendu parler de Lonely Planet, les guides de voyage. Je pouvais expliquer à ceux qui me posaient la question que le chaos orchestré et le charme de la mégalopole m’avaient tout de suite séduite, ou encore que la ville m’avait rendue folle parfois pour ces mêmes raisons.
Je pouvais leur dire qu’à chaque fois que je franchissais le seuil de ma porte, il me fallait prendre certaines précautions: pas d’épaules ni de genoux dénudés; des lunettes de soleil pour éviter sur les oreilles pour ne pas entendre les chuchotements de ceux que je croisais et que l’on pouvait généralement qualifier de harcèlement sexuel.
Le harcèlement représente une nuisance et parfois un danger pour toutes les femmes au Caire et je ne cesse d’être impressionnée par les Égyptiennes courageuses qui luttent contre la pratique culturelle de la mutilation génitale féminine et pour le droit de choisir délibérément de porter le foulard sur leur lieu de travail, à l’université, d’être élues au Parlement ou de voir confier la garde des enfants en cas de divorce.
Ainsi donc, au lieu de parler de la vie en Égypte tant qu’étrangère, j’ai décidé de mettre l’accent sur ces courageuses et formidables Égyptiennes que j’ai côtoyées chaque jour et qui sont la source de mon inspiration.
Parmi elles, écrivaine féministe Nawal el Saadawi est sans doute la plus connue. Elle est septuagénaire, mais reste encore active en tant que locutrice et écrivain en matière de féminisme, de santé et de politique. Moins connues du public occidental, mais non moins influentes en Égypte, Hiba Ezzat et Hiba Qutb. Hiba Ezzat est une islamiste modérée affiliée aux Frères musulmans. Pour elle, l’Islam est un moyen d’améliorer le statut des femmes. Elle ne se considère pas comme féministe bien qu’elle en épouse les valeurs, estimant qu’une femme peut devenir présidente et que les femmes devraient servir dans l’armée.
Hiba Qutb, quand à elle, est est sexologue. Elle porte le foulard et apparait régulièrement sur les chaines de télévision arabes pour parler de sexualité, surprenant le public en soutenant que l’islam a inventé les préliminaires.
Une autre femme dont le courage m’impressionne est la jeune styliste au Caire, Hind Hinnawy. Elle est devenue célèbre en Égypte après avoir demandé à son ex-ami, un acteur avec lequel elle a fait un mariage officieux, de prouver sa paternité concernant sa fille. Fais sans précédent, elle s’est rendue sur un plateau de télévision pour exposer son histoire au grand jour. Les Égyptiens y compris le Grand mufti ont pris sa défense. Et bien que son ex-ami ait refusé de se soumettre au test ADN, le tribunal l’a néanmoins déclaré père de l’enfant. Après une bataille juridique de deux ans, sa fille a reçu un certificat de naissance et elle a finalement été reconnue égyptiennes. Mais il n’y a pas que les femmes égyptiennes de notre époque qui continuent de surprendre et d’inspirer. L’union féministe égyptienne a été fondée en 1923 par une héritière charismatique, Huda Shaarawi, trois ans seulement après le succès du mouvement des suffragettes aux États-Unis. Et dans les années 50, une féministe égyptienne du nom de Doria Shafik avait fait la grève de la faim pour réclamer l’égalité des droits pour les femmes de son pays. C’est pourquoi, quand je me suis assise pour écrire un livre sur mes impressions concernant la vie en Égypte en tant qu’étrangère, j’ai fini par décrire plus largement la société égyptienne dans son ensemble, les Égyptiens, tant les hommes que les femmes, qui s’opposent aux clichés et créent le changement dans les domaines de la politique, la culture, la religion et de l’économie et qui le font avec humour. Car on ne peut par parler des Égyptiens sans évoquer leurs blagues, d’où mon livre Accroche-toi à ton voile, Fatima!. » Sanna Negus

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