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Boris Vian – L’écume des jours

nullUn titre léger et lumineux qui annonce une histoire d’amour drôle ou grinçante, tendre ou grave, fascinante et inoubliable, composée par un écrivain de vingt-six ans. C’est un conte de l’époque du jazz et de la science-fiction, à la fois comique et poignant, heureux et tragique, féerique et déchirant. Dans cette oeuvre d’une modernité insolente, livre culte depuis plus de cinquante ans, Duke Ellington croise le dessin animé, Sartre;devient une marionnette burlesque, la mort prend la forme d’un nénuphar, le cauchemar va jusqu’au bout du désespoir. Mais seules deux choses demeurent éternelles et triomphantes: le bonheur ineffable de l’amour absolu et la musique des Noir américains…

« Le plus clair de mon temps, je le passe à l’obscurcir, parce que la lumière me gêne. »

« C’est terrible, dit Colin, je suis à la fois désespéré et horriblement heureux. C’est très agréable d’avoir envie de quelque chose à ce point-là. »

« — Pourquoi sont-ils si méprisants? demanda Chloé. Ce n’est pas tellement bien, de travailler.
— On leur a dit que c’est bien. En fait, personne ne le pense. On le fait par habitude et pour ne pas y penser, justement.
— En tout cas, c’est idiot de faire un travail que des machines pourraient faire.
— Il faut construire les machines, dit Colin. Qui le fera?
— Oh, évidemment, dit Chloé, pour faire un oeuf, il faut une poule, mais une fois qu’on a la poule, on peut avoir des tas d’oeufs. Il vaut donc mieux commencer par la poule.
— Il faudrait savoir, fit Colin, qui empêche de faire des machines. C’est le temps qui doit manquer. Les gens perdent leur temps à vivre, alors il ne leur en reste plus pour travailler.
— Ce n’est pas plutôt le contraire? demanda Chloé.
— Non, dit Colin. Si ils avaient le temps de construire les machines, après ils n’auraient plus besoin de rien faire. Ce que je veux dire, c’est qu’ils travaillent pour vivre au lieu de travailler à construire des machines qui les feraient vivre sans travailler.
— C’est compliqué, estima Chloé.
— Non, dit Colin. C’est très simple. Ça devrait, bien entendu, venir progressivement. Mais on perd tellement de temps à faire des choses qui s’usent.
— Mais tu crois qu’ils n’aimeraient pas mieux rester chez eux et embrasser leur femme et aller à la piscine et aux divertissements?
— Non, dit Colin, parce qu’ils n’y pensent pas.
— Mais est-ce que c’est leur faute si ils croient que c’est bien de travailler?
— Non, dit Colin, ce n’est pas leur faute. C’est parce qu’on leur a dit: le travail, c’est sacré, c’est bien, c’est beau, c’est ce qui compte avant tout, et seuls les travailleurs ont droit à tout. Seulement, on s’arrange pour les faire travailler tout le temps et alors ils ne peuvent pas en profiter.
— Mais alors ils sont bêtes, dit Chloé.
— Oui, ils sont vêtus, dit Colin. C’est pour ça qu’ils sont d’accord avec ceux qui leur font croire que le travail, c’est ce qu’il y a de mieux. Ça leur évite de réfléchir et de chercher à progresser et à ne plus travailler.
— Parlons d’autre chose, dit Chloé. C’est épuisant, ces sujets-là. Dis-moi si tu aimes mes cheveux.
— Je t’ai déjà dit…
Il la prit sur ses genoux. De nouveau, il se sentait complètement heureux.
— Je t’ai déjà dit que je t’aimais bien, en gros et en détail.
— Alors, détaille, murmura Chloé, en se laissant aller dans les bras de Colin, câline comme couleuvre. »

« Le vent se frayait un chemin parmi les feuilles et ressortait des arbres tout chargé d’odeurs de bourgeons et de fleurs. Les gens marchaient un peu plus haut et respiraient plus fort car il y avait de l’air en abondance. Le soleil dépliait lentement ses rayons et les hasardait avec précaution dans des endroits où il ne pouvait atteindre directement, les recourbant à angles arrondis et onctueux, mais se heurtait à des choses très noires et les retirait vite, d’un mouvement nerveux et précis de poulpe doré. Son immense carcasse brûlante se rapprocha peu à peu puis se mit, immobile, à vaporiser les eaux continentales et les horloges sonnèrent trois coups. »

« Je ne veux pas gagner ma vie, je l’ai »

Ce qui m’intéresse, ce n’est pas le bonheur de tous les hommes, c’est celui de chacun.

Boris Vian, L’écume des jours| Gallimard| 1947| ISBN 9782253140870 | 349 pages |

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Catégories :Boris Vian Étiquettes : , , ,
  1. mariestuart
    octobre 2, 2010 à 9:58

    Que j’aime Boris Vian ! Il faut que je les relise tous !

    • octobre 3, 2010 à 11:04

      Ajoutant à cela ses œuvres chantées♥

  1. décembre 30, 2010 à 1:51
  2. janvier 7, 2011 à 1:55

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