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Une journée pas comme les autres de Mamoun Lahbabi

rené magritte

René Magritte, 'Le Viol', 1934

Imrane appartient à ce monde de sexe tarifé où la vie s’écoule au jour le jour au fil des rencontres. Elle tangue entre le futile et le dérisoire, indifférente au temps qui passe, impassible face au lendemain. Et puis un homme apparaît comme un jet de lumière. Sa vie bascule sans préavis et elle se retrouve dans le labyrinthe de choix impossibles, devant une nécessité interdite. Elle sut alors que jamais plus elle ne vivre comme avant.

« Elle appréciait ces histoires, les aventures de l’une, les extravagances de l’autre. Elle se délectait des blagues salaces débitées à longueur d’heures, du récit détaillé des prouesses scabreuses. Elle était fascinée par ce petit monde à la lisière de la société normée, aux confins indécis de l’univers professionnel. Un monde entre travail et plaisir, une sorte d’oscillation entre épreuve et loisir, nonchalance et violence, rire et tristesse, promesse et regret. Elle s’étonnait toujours de la reproduction implacable de ce métier au-delà des âges, malgré l’approche, malgré la condamnation et l’excommunication. Elle était hypnotisée par ces filles gloutonnes de hasard qui louent leur corps dans une indifférence obscène. Elle était magnétisée par leur aptitude insignifiante à l’égard du sexe, leur désinvolture face à la précipitation pitoyable des hommes, la frénésie fulgurante des uns, l’impotence des autre. »

« Imrane détestait ces violences verbales qui gâchaient la plus brève des promenades. Pour flâner de vitrine en vitrine, il fallait se refermer, ressembler à une coquille, rester impassible à la bousculade volontaire, au clin d’oeil gavé de suffisance, aux mots persifleurs jetés à la volée. Souvent, même pour les petits déplacements, elle prenait un taxi pour se préserver de ces abus dont « la responsabilité incombe aux filles qui se pavanent dans des accoutrements provocateurs », comme aimait à le marteler le discours misogyne. Ainsi, par un passe-passe sémantique, les filles devenaient coupables et les hommes étaient blanchis pour leurs écarts et leur agressivité par cette société mâle faite qui se reproduit outrageusement dans les discriminations. »

« Imrane ressentit soudain une brûlure dans son coeur. Elle se sentit immensément seule. Elle eut la curieuse impression de naître, mais pas en quittant le ventre d’une mère. Elle eut le sentiment de ne jaillir de nulle part, de surgir d’un néant pour se retrouver dans un autre néant. Un vide incommensurable emplit sa tête et à l’intérieur de ce vide, elle flottait, sans amarre, sans repère, sans guide. Brusquement, le temps se dépouillait de tous ses instants. Il ne restait plus rien. Le passé s’était dissipé, le futur s’était évaporé et le présent, affreusement, manquait. Une peur intense désorienta son regard. Elle s’agrippa à des images invisibles, se cramponna à son siège pour contrer le vertige qui s’emparait de ses sens. Dans cet instant panique, elle comprit alors que sa vie avait basculé. Désormais, rien ne serait plus comme avant. Instinctivement, elle se retourna pour saluer une dernière dois un passé déjà lointain. »

Mamoun Lahbabi, Une journée pas comme les autres | Afrique Orient| 2008| ISBN 9981255521 | 232 pages |

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  1. octobre 16, 2010 à 2:30

    Magritte est de retour chez LaTrace !
    Où était-il donc passé ?

    • octobre 26, 2010 à 7:27

      Il n’est pas le seul! bon retour Oth

  2. octobre 27, 2010 à 6:46

    Et oui, le travail, les enfants … et le temps qui passe, passe !

  3. trashed
    septembre 23, 2011 à 5:33

    Imrane appartient à ce monde de sexe tarifé.
    Le monde de mamoun est poétique doux on est sur un nuage tout le long du livre.
    Réaliste !elle se retrouve dans le labyrinthe de choix impossibles! & utopiste, ‘le présent, affreusement, manquait ‘ à la fois Un bon petit roman qui montre aux hommes une femme nue pleine de questions très réaliste.

    Bravo Mamoun.

  1. janvier 28, 2011 à 11:00
  2. février 15, 2011 à 10:56

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