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Gabriel Garcia Marquez – L’Amour aux temps du choléra

Gabriel Garcia MarquezÁ la fin du XIXe siècle, dans une petite ville des Caraïbes, un jeune télégraphiste pauvre et une ravissante écolière jurent de se marier et de vivre un amour éternel. Durant trois ans ils ne vivent que l’un pour l’autre, mais Fermina épouse Juvenal Urbino, un jeune et brillant médecin. Alors Florentino, l’amoureux trahi, se mue en séducteur impénitent et s’efforce de se faire un nom et une fortune pour mériter celle qu’il ne cessera d’aimer, en secret, cinquante années durant.

« Lorsque Florentino Ariza l’avait vue pour la première fois, sa mère avait tout compris avant même qu’il ne la mît au courant parce qu’il avait perdu l’appétit et passait des nuits entières à se tourner et se retourner dans son lit. Mais lorsqu’il commença à attendre la réponse à sa première lettre, son anxiété se compliqua de diarrhées et de vomissements verts, il perdit le sens de l’orientation, souffrant d’évanouissement subits, et sa mère fut terrorisée parce que son état ne ressemblait pas aux désordres de l’amour mais aux ravages du choléra. Le parrain de Florentino Ariza, un ancien homéopathe qui avait été le confident de Tansito Ariza en ses années d’amante clandestine, s’alarma à la simple vue du malade car le pouls était faible, la respiration sableuse, et il avait la sueur blafarde es moribonds. Mais l’examen ne révéla ni fièvre ni douleurs et la seule chose concrète qu’il ressentait était une nécessité urgente de mourir. Des questions insidieuses adressées à lui d’abord puis à sa mère suffirent au médecin pour constater une fois de plus que les symptômes de l’amour sont identiques à ceux du choléra. Il prescrit des infusions de fleurs de tilleul pour calmer ses nerfs et suggéra un changement d’air afin qu’il pût trouver un réconfort dans la distance, mais ce à quoi aspirait Florentino Ariza était tout le contraire : Jouir de son martyre. Transito Ariza était une quarteronne libre, avec un instinct de bonheur gâché par la pauvreté, et elle se complaisait dans les souffrances de son fils comme si elles eussent été siennes. Elle lui disait boire des infusions lorsqu’elle le sentait délirer et l’enveloppait dans des couvertures de laine pour l’empêcher de trembler en même temps qu’elle l’encourageait à se délecter de sa prostration. « Profite de ce que tu es jeune pour souffrir autant que tu peux, lui disait-elle, ça ne durera pas toute la vie.» »

« Elle avait vingt-huit ans et accouché trois fois, mais sa nudité conservait intacte le vertige du célibat. Florentino Ariza ne devait jamais comprendre comment des vêtements de pénitence avaient pu dissimuler les ardeurs de cette pouliche vagabonde qui le déshabilla, suffoquée par sa propre fièvre, comme jamais elle n’avait pu le faire avec son mari et de peur qu’il la prît pour une putain, et qui tenta d’assouvie en un seul assaut l’abstinence draconienne du deuil avec l’ivresse et l’innocence de cinq ans de fidélité conjugale. Avant cette nuit et depuis l’heure de grâce où sa mère l’avait mise au monde, elle n’avait jamais été et moins encore dans un même lit, avec un autre homme que son défunt mari. Elle ne se permit pas le mauvais goût d’un remord. Au contraire. Eveillée par les boules de feu qui passaient en sifflant au-dessus des toits, elle continua d’évoquer jusqu’à l’aube les excellences de son époux, sans lui reprocher d’autre infidélité que celle d’être mort sans elle, absoute par la certitude que jamais il ne lui avait autant appartenu qu’à deux mètres sous terre, dans son caisson cloué de douze clous de trois pouces. « Je suis heureuse, dit-elle, parce que je sais maintenant en toute sécurité où il est quand il n’est pas à la maison. »… »

« Elle avait une facilité pour approcher les inconnus qui laissait perplexe son mari, et un mystérieux talent pour s’entendre en espagnol avec qui ce fût et où que ce fût. « Les langues, disait-elle avec un rire moqueur, il faut les savoir quand on veut vendre quelque chose. Mais quand on veut acheter, tout le monde comprend de toute façon.» »

« Le docteur Urbino justifiait sa propre faiblesse par des arguments critiques, sans même se demander s’ils n’allaient pas à l’encontre de sa religion. Il n’admettait pas que les conflits avec son épouse eussent pour origine l’atmosphère étouffante de la maison et les voyait dans la nature même du mariage : une invention absurde qui ne pouvait exister que par la grâce infini de Dieu. Que deux personnes sans liens de parenté, se connaissant à peine, possédant des caractères différents, une culture différente, et même deux sexes différents, se vissent condamnées de but en blanc à vivre ensemble, à dormir dans le même lit, à partager deux destinées peut-être faites pour aller chacune leur chemin, lui semblait contraire à toute raison scientifique. Il disait : « Le problème du mariage, c’est qu’il meurt toutes les nuits après l’amour et qu’il faut le reconstruire tous les matins avant le petit déjeuner. » »

« J’ai mal non de mourir mais de ne pas mourir d’amour. »

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  1. Filot
    décembre 19, 2010 à 11:40

    Salut! Je ne peux pas donner de commentaires. Je n’ai pas encore lu le roman.Je vous serais très reconnaissant,si vous me trouviez un moyen de me le faire procurer.Merci infiniment!

  2. décembre 22, 2010 à 10:16

    Je l’ai lu il y a bien longtemps. J’en ai gardé le souvenir d’un charme obsédant. Il faudrait que je le relise.

  1. janvier 7, 2011 à 1:55
  2. janvier 7, 2011 à 2:14
  3. janvier 7, 2011 à 2:24
  4. janvier 7, 2011 à 2:32
  5. janvier 8, 2011 à 8:12
  6. janvier 12, 2011 à 4:16
  7. janvier 16, 2011 à 1:10
  8. janvier 21, 2011 à 3:24
  9. février 3, 2011 à 12:30

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