Le silence de la ville

Le silence de la ville de Guy Konopnicki
JBz & Cie, 2011
ISBN : 9782755607086 – 171 pages – 15 €

Présentation de l’éditeur : À quoi ressemble aujourd’hui Paris, qui rejette au-delà du périphérique ses travailleurs, ses émigrés ? À une ville musée qui rejette la modernité, qui se protège de tous les bruits même ceux de la fête. Une ville qui se couche tôt, qui cache ses prostitués et qui ignore l’architecture contemporaine. Peut-on se passer de vacarme, de lumière et de fumée ? La ville verte et silencieuse, c’est tout de même une drôle d’idée !

Passages choisis :
« Les mêmes vitrines sont reproduites dans toutes les villes ! Elles proposent les mêmes produits. Autour de nous les gens portent les mêmes baskets, les mêmes blousons, les mêmes jeans. Deux ou trois styles, pas plus. Des stéréotypes, on s’habille sport, parfois cul, classe ou racaille. Deux religions se croisent dans la ville, le sport, et l’islam, jogging ou voile, en certains cas les deux à la fois. Mais si, on voit même des filles voilées faire leur petite course à pied du matin ! Les commerces de centre-ville sont aussi stéréotypés que ceux que l’on a rejetés à l’extérieur, dans ces centres commerciaux qui attestent de la laideur de notre époque. Car il a fallu la grande distribution et les hypermarchés pour que se multiplient les constructions les plus laides de l’histoire des civilisations. De quoi faire gamberger les anthropologues ! Pourquoi l’espèce humaine a-t-elle quitté les cavernes, si c’était pour se retrouver entre Auchan, Décathlon et Usines Center ? »

« L’égoïsme des nantis a accaparé l’écologie pour la transformer en une morale hypocrite. La nouvelle Eglise verte nous invite à souffrir pour sauver le paradis terrestre. Les fidèles s’acquittent de leur dette envers sainte nature, ils mangent bio, trient leurs poubelles et se déplacent à bicyclette. Ils prétendrent résister à la tentation à quatre roues. L’auto devient une créature satanique. Elle émet des gaz maléfiques à effet de serre, elle encombre les villes, menaçant la tranquillité des habitants qui verdissent les cours et les passages en cultivant des plantes tropicales. »

« La fille de joie est toujours triste, mais on ne la voit plus au coin de la rue Labat. Au pied de Montmartre, devant les anciennes maisons d’abattage récupérées par les marchands de sommeil, on sort les tapis de prière sur le trottoir. L’hypocrisie du temps cache le sexe sur Internet et dans les zones obscures. Pour le plus grand bonheur des proxos qui surveillent leurs cheptels d’africaines sans papiers entre les camionnettes du bois de Vincennes, ou qui assurent la promotion de leurs poupées de luxe, réservées en deux clics, comme des places de spectacle. »

Avis :
Le silence de la ville, prix Hauserman Métropoles, fait partie de ces romans qui vous entraînent de bout en bout. Entre amertume et jubilation, Konopnicki voyage allégrement dans le temps au fil des adresses passées et présentes: « Paris ceinturé, Paris enfermé, Paris vidé, mais Paris muselé par lui-même, avec le concours de tous les ministres de l’Intérieur de l’époque gaulliste ! Quand j’ai commencé à marcher dans Paris, il y a plus d’un demi-siècle, il restait encore des vestiges d’une Ville lumière que nous n’avons pu connaître, celle de la Belle Epoque et de l’entre-deux-guerres. Des lieux éclairés tard dans la nuit, dans tous les quartiers de Paris, tout ce qui permettait à Hemingway de proclamer que Paris est une fête ». On suit avec plaisir sans ménage ce gosse de Paris qui se souvient d’avoir aimé des choses aujourd’hui incorrecte : « J’ai tout aimé de Paris, de ses rencontres insensées. J’ai hanté les nuits, arpenté les rues en tous sens…Je ne puis me passer de ce décor, des extérieurs nuit, du vacarme des jours. Enfant du Macadam, je continue, j’observe ce qui change et se transforme.». Un régal … Un grand merci aux éditions JBz & Cie et à l’équipe Blog-O-Book qui m’ont permis cette belle découverte !

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