Sur les traces du ChuChoteur

Le Chuchoteur de Donato Carrisi
Calmann-lévey, 2010,  9782702141045,  438 pages
 

Cinq petites filles ont disparu.
Cinq petites fosses ont été creusées dans la clairière. Au fond de chacune, un petit bras, le gauche.
Depuis qu’ils enquêtent sur les rapts des fillettes, le criminologue Goran Gavila et son équipe d’agents spéciaux ont l’impression d’être manipulés. Chaque découverte macabre, chaque indice les mènent à des assassins différents. La découverte d’un sixième bras, dans la clairière, appartenant à une victime inconnue, les convainc d’appeler en renfort Mila Vasquez, spécialiste des affaires d’enlèvement. Dans le huis clos d’un appartement spartiate converti en QG, Gavila et ses agents vont échafauder une théorie à laquelle nul ne veut croire : tous les meurtres sont liés, le vrai coupable est ailleurs. Quand on tue des enfants, Dieu se tait, et le diable murmure…

Extraits Choisis:
 

Les enfants ne voient pas la mort. Parce que leur vie dure une journée, du réveil au coucher.

 

« —    Je vois des fillettes mortes. Même si elles n’y sont pas. Leurs visages sont la somme des visages de leurs parents. Aussi je peux voir les victimes. 

—     Moi, je vois cinq cellules familiales. Chacune d’origine sociale différente. Avec différents revenus et niveaux de vie. Je vois des couples qui, pour une raison ou pour une autre, n’ont eu qu’un enfant. Je vois des femmes qui ont largement passé la quarantaine et qui ne peuvent donc plus biologiquement espérer une autre grossesse… C’est ce que je vois, dit Goran en se tournant pour la regarder. Ce sont eux, ses vraies victimes. Il les a étudiés, il les a choisis. Une fille unique. Il a voulu leur enlever tout espoir de faire le deuil, de tenter d’oublier la perte. Ils devront se rappeler ce qu’il a fait pendant le reste de leurs jours. Il a amplifié leur douleur en leur enlevant leur futur. Il les a privés de la possibilité de transmettre un souvenir d’eux-mêmes dans les années à venir, de survivre à leur mort… Et il s’est nourri de ça. C’est cela, la rétribution de son sadisme, la source de son plaisir. « 

« Nous les appelons “monstres” parce que nous les sentons loin de nous, et donc nous les voulons différents, disait Goran dans ses séminaires. Au contraire, ils nous ressemblent en tout et pour tout. Mais nous préférons balayer l’idée qu’un de nos semblables est capable de telles atrocités. En partie pour absoudre notre nature. Les anthropologues appellent ça la dépersonnalisation du coupable, et cela constitue souvent le principal obstacle à l’identification d’un tueur en série. Car un homme a des points faibles et peut être capturé. Pas un monstre. » Pour cette raison, Goran avait accroché dans sa salle de cours la photo en noir et blanc d’un enfant. Un petit d’homme dodu et sans défense. Ses étudiants la voyaient tous les jours et finissaient par se prendre d’affection pour cette image. Quand plus ou moins au milieu du semestre  quelqu’un avait le courage de lui demander de qui il s’agissait, il les mettait au défi de deviner. Les réponses étaient variées et pleines de fantaisie. Et il s’amusait de leurs expressions quand il leur révélait que cet enfant était Adolf Hitler. Après la guerre, le chef nazi était devenu un monstre dans l’imaginaire collectif, et pendant des années les nations qui étaient sorties victorieuses du conflit s’étaient opposées à toute autre vision. Ainsi, personne ne connaissait les photos de l’enfance du Führer. Un monstre ne pouvait pas avoir été un enfant, il ne pouvait pas avoir ressenti autre chose que de la haine, avoir vécu une existence similaire à tant d’autres enfants de son âge, qui étaient par la suite devenus ses victimes. « Pour beaucoup de gens, humaniser Hitler revient à  l’expliquer , en quelque sorte, disait alors Goran à sa classe. Mais la société prétend que le mal extrême ne peut pas être expliqué, ni compris. Essayer de le faire, cela reviendrait à chercher une justification. » « 

« Quand un individu ment, il doit effectuer une activité psychologique intense pour compenser toute une série de tensions. Pour rendre ses réponses plus crédibles, il est contraint d’atténuer des informations véridiques, déjà sédimentées dans sa mémoire, et à recourir à des mécanismes d’élaboration logique pour les amalgamer au mensonge qu’il raconte. Cela requiert un effort énorme, ainsi qu’une certaine imagination. Chaque fois qu’on profère un mensonge, il faut se rappeler de tous les faits qui le font tenir sur pied. Quand les mensonges sont nombreux, le jeu devient complexe. Un peu comme le jongleur de cirque qui tente de faire tourner des assiettes sur des bâtons. Chaque fois qu’il en ajoute une, l’exercice devient plus difficile, et il est contraint de courir d’un côté à l’autre, sans répit. C’est à ce moment-là qu’on faiblit, qu’on s’expose. »

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