Comment je vois le monde d’Albert Einstein

Avec l’humanité et la simplicité qui ont caractérisé sa vie et sa correspondance, Einstein nous propose ses réflexions sur les questions fondamentales…

« Je suis fermement convaincu que toutes les richesses du monde ne sauraient pousser l’humanité plus avant, même si elles se trouvaient dans les mains d’un homme aussi dévoué que possible au développement de l’humanité. Seul, l’exemple de personnalités grandes et pures peut conduire aux nobles conceptions et nobles actions. L’argent n’appelle que l’égoïsme et pousse toujours irrésistiblement à en faire mauvais usage. »

« Si nous réfléchissons à notre existence et à nos efforts, nous remarquons bien vite que toutes nos actions et nos désirs sont liés à l’existence des autres hommes.Nous remarquons que selon toute notre nature nous sommes semblables aux animaux qui vivent en commun. Nous mangeons des aliments produits par d’autres hommes, nous portons des vêtements fabriqués par d’autres, nous habitants des maisons bâties par autrui. La plus grande part de ce que nous savons et croyons nous a été communiquée par d’autres hommes au moyen d’une langue que d’autres ont crée. Notre faculté de penser serait, sans la langue, bien chétive, comparable à celle des animaux supérieurs, en sorte qu’il nous faut avouer que ce que nous possédons en première ligne avant les animaux, nous le devons à notre manière de vivre en communauté. L’individu, laissé seul depuis sa naissance, resterait, dans ses pensées et ses sentiments, l’homme primitive semblable aux animaux, dans une mesure qu’il nous est difficile de nous représenter. Ce qu’est et ce que représente l’individu, il ne l’est pas tellement en tant que membre d’une grande société humaine qui conduit son être matériel et moral depuis la naissance jusqu’à la mort. »

« Je ne crois point, au sens philosophique du terme, la liberté de l’homme. Chacun agit non seulement sous une contrainte extérieure, mais aussi d’après une nécessité intérieure. Le mot de Schopenhauer: »Sans doute un homme peut faire ce qu’il veut, mais ne pas vouloir ce qu’il veut » m’a vivement pénétré depuis ma jeunesse; dans les spectacles et les épreuves de la dureté de l’existence, il a toujours été pour moi une consolation et une source inépuisable de tolérance. »

« Voici à quoi je pense chaque jour fort souvent: ma vie extérieure et intérieure dépend du travail de mes contemporains et de celui de mes ancêtres et je dois m’efforcer de leur fournir la même proportion de ce que j’ai reçu et que je reçois encore. J’ai besoin de mener une vie simple et j’ai souvent péniblement conscience que je demande au travail de mes semblables plus qu’il n’est nécessaire. J’ai le sentiment que les différences de classe sociale ne sont pas justifiées et, enfin de compte, reposent sur la violence, mais je crois aussi qu’une vie modeste est bonne pour chacun, pour le corps et pour l’esprit. »

« Combien singulière est notre situation, de nous autres mortels. Chacun de nous n’est sur la terre que pour une courte visite; il ignore pourquoi, mais il croit maintes fois le sentir. Sans réfléchir davantage, on connaît un point de vue de la vie journalière; on est là pour les autres hommes, tout d’abord pour ceux dont le sourire et le bien-être sont la condition entière de notre propre bonheur, mais aussi pour la multitude des inconnus, au sort desquels nous enchaîne un lien de sympathie. »

« Il ne suffit pas de créer un tribunal international jugeant en dernier ressort. Il faut aussi que des pactes fournissent l’assurance que les décisions de ce tribunal soient exécutées en commun par toutes les nations. Sans cette assurance, les nations n’auront jamais le courage de désarmer sérieusement »

« Tout ce dont l’esprit d’invention des hommes nous a gratifiés dans les derniers cent ans, aurait pu assurer une existence heureuse et sans soucis, si le progrès dans l’organisation avait marché de pair avec le progrès dans la technique. Mais les résultats péniblement conquis font, entre les mains de notre génération, l’effet d’un rasoir entre celles d’un enfant de trois ans. La possession de moyens de production admirables, au lieu de donner la liberté, a apporté les soucis et la faim. »

« Il ne convient pas que chaque contemporain se contente d’attendre et de critiquer. Il doit servir la cause aussi bien qu’il le peut. Le sort de l’humanité en général sera celui qu’elle méritera. »

« La vraie valeur d’un homme se détermine en examinant dans quelle mesure et dans quelle mesure et dans que sens il est parvenu à se libérer du Moi. »

« Nombreuses sont les chaires d’enseignement, rares sont les maîtres sages et nobles. Les salles de conférences sont vastes et nombreuses, mais jeunes gens qui ont sincèrement soif de vérité et de justice sont plus rares. La nature délivre à profusion ses produits ordinaires, elle est plus parcimonieuse en produits délicats. Cela nous le savons tous: pourquoi donc nous plaindre? N’en a-t-il pas toujours été ainsi et cela ne restera-t-il pas toujours de même? Sans soute c’est ainsi et on doit prendre ce qui nous vient de la Nature tel que cela est. Mais il a en outre un esprit du siècle, une manière de voir propre à une génération, qui se transmet d’homme à homme et qui donne à une société l’empreinte qui la caractérise. Chacun doit travailler, pour sa petite part, à changer cet esprit du siècle. « 

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Le reporter vu par Einstein

"Einstein 1999" de Bernard Pras

Un beau matin un reporter vient te trouver et te demande aimablement de lui dire quelque chose sur ton ami X…Au moment tu éprouves quelques irritation devant une pareille prétention; mais tu t’aperçois bien vite qu’il n’y a aucun moyen de l’esquiver. Car si tu refuses de donner l’enseignement, le reporter écrira: « j’ai demandé à quelqu’un qui passe pour le meilleur ami de X… de me parler de lui; mais celui-ci s’est prudemment récusé. Au lecteur de tirer lui-même les conclusions inévitables.» Il n’y a donc pas moyen d’éluder la réponse et tu donnes le renseignement suivant: M. X… est un caractère gai et franc, aimé de tous ses amis, il sait prendre le bon côté de chaque situation. Il est extrêmement actif et entreprenant, toute sa puissance au travail est absorbée par sa profession. Il aime sa famille et met à la disposition de sa femme tout ce qu’il possède.

Le reporter écrit: M. X… ne prend rien au sérieux et a le don de savoir se faire aimer du grand public, d’autant plus qu’il est toujours d’un naturel souriant et égrillard. Il est à tel point l’esclave de sa profession qu’il ne lui arrive jamais de réfléchir à des questions qui ne le lui sont pas personnelles ou de se livrer à quelque occupation intellectuelle étrangère à sa profession. Il gâte sa femme sans mesure et satisfait, en serviteur aveugle, à tous ses désirs…

Un véritable reporter mettait encore plus piment; mais pour toi et ton ami X…c’est probablement suffisant. Le lendemain matin, X…lit les ligne précédentes et celles qui les suivent et, quels que soient son bon cœur et son enjouement, son courroux envers toi ne connaît pas de bornes. L’offense qui lui est faite t’affecte profondément en raison de ton penchant pour lui. Eh bien que fais-tu, mon cher, dans ce cas? Si tu l’as trouvé, communique-le moi tout de suite, afin que je puisse rapidement copier ta méthode.

Albert Einstein