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Le passé simple, de Driss Chraïbi

juin 29, 2011 5 commentaires

Le passé simple de Driss Chraïbi
Denoël, 1954
ISBN :  2070377282 – 273 pages – 7 €

Le passé simple nous introduit au cœur de la famille du Seigneur, un potentat marocain. Cet homme tranche au nom d’Allah : tout lui est bon pour faire fructifier son immense fortune ; la religion s’enseigne dans la peur du corps et dans la désolation de l’âme, les êtres ne vivent pas, ils se contentent d’exister, aussi bien les enfants que leur mère. Mais la guerre est là qui rend plus sensibles les failles de la société arabe plus encore de despotisme du père. Driss Ferdi se révolte : il est issu de l’Orient qu’il renie. Heureusement ou malheureusement, il demeure l’invité de la civilisation occidentale. Petit-fils de saint musulman, éduqué dans des écoles européennes, il vit à la fois le drame de son émancipation personnelle et le conflit de deux civilisations dans sa vie l’a fait tributaire. A Fès, où on l’a envoyé pour attirer la grâce de Dieu sur les affaires paternelles, il fait l’apprentissage de la liberté. Il lui faudra refuser les avances d’un douteux saint homme, se faire respecter par un oncle trop docile devant les grands du jour ; il aura l’occasion de faire entendre sa voix dans la grande mosquée au cours de la nuit du Destin. Son cri, c’est celui de sa génération. Il trouvera la force de supporter la mort de son frère, le suicide de sa mère, la force et le courage de se délivrer de sa révolte : peut-être sera-t-il ainsi un de ceux qui vont changer la face du monde, au point de fusion des civilisations de l’Orient et de l’Occident.

 » Selon l’état hépatique de l’honorable professeur, les coups sur la plante des pieds s’échelonnent entre dix et cent. Il est vrai que les petits ont droit jusqu’à dix coups seulement. Les plus âgés peuvent supporter davantage. Toute règle comporte une exception. Ainsi, les élèves à tête d’ange sont dispensés de tout châtiment. Quelquefois aussi les enfants de riches. Mais, en matière de compensation, il existe fort heureusement les têtes dures et les bêtes noires. Sans quoi il n’y aurait pas d’emploi pour les entraves et les falaquas. Pour moi, élève ordinaire, je suis sincèrement reconnaissant envers mes maîtres d’avoir si bien nivelé et affermi la plante de mes pieds. Je peux sans difficultés faire des kilomètres de marche. D’ailleurs, tous ceux qui sont passés par ces écoles sont de rudes marcheurs. Exemple : les coureurs marocains. « 

 » Le jeûne est généralement admis dans les croyances et partout suivi comme un rite millénaire. C’est-à-dire qu’en dehors de ceux qui sont obligés de travailler tous les jours pour survenir à leurs besoins, les gens paressent dans leurs lits jusqu’à midi et font ensuite des parties interminables de poker ou de loto, pour tuer le temps et tromper la faim. Les jeux de hasard sont interdits par la loi et le Ramadan est un mois de recueillement et de prières. J’ai toujours vu mon père pendant ce jeune d’une humeur particulièrement massacrante parce qu’il ne pouvait pas fumer, il sortait faire un petit tour vers midi, rentrait et épuisait tous les sujets de conversation et toutes les occasions de dispute. Le soir, il redevenait le plus doux des hommes parce qu’il avait fumé et ne disait plus rien parce qu’il fumait jusqu’au matin […] Le pèlerinage à la Mecque est prétexte aux Marocains riches pour visiter les pays du Proche-Orient. Je cite le cas de mon père qui est resté trois ans absent ; soi-disant pour se recueillir sur la Kaaba, la sainte Pierre Noire. A son retour, venant du Hedjaz, il distribua des dattes de Médine et du bois de santal à ses proches et amis, heureux d’avoir même un grain de poussière du pays saint. Ma mère lèche encore une de ces fameuses dattes, la vingt-septième nuit du Ramadan, la nuit du Pouvoir où « anges et démons fraternisent sur les gazons tapissés de pétales de roses, au paradis ». Mon père tendit sa dextre en un geste magnanime et tout le monde la baisa et la baise encore en gratifiant son possesseur du titre de Haj, c’est-à-dire un type qui a été à la mecque. Par la suite, il devait nous apprendre que la presque totalité de sa fortune avait fondu dans les tripots de Damas et du Caire. Mais il s’est réellement recueilli sur la Kaaba et a donc droit à son titre. Louange à Dieu très-haut, père de l’univers et roi du Jugement dernier ! »

 » Je marchais dans la ville. J’allais vadrouillant, réceptif aux déclics. Comme une chienne de vie, je poussais devant moi le poids d’une civilisation. Que je n’avais pas demandée. Dont j’étais fier. Et qui me faisait étranger dans cette ville d’où j’étais issu. Je cousais rues et ruelles. Idées et visions. J’accusais chaque passant, chaque pierre. Il était celui qui n’oserait pas me jeter la pierre. Elle était la pierre qu’il n’oserait pas me jeter. Je n’étais plus de ceux qui vidaient un bidon de pétrole sur une tribu de Juifs, une fois le temps, réveils des épopées médiévales, et les regardaient brûler vifs, torches vives ; ni de ceux qui léchaient des dattes de Médine et cultivaient le culte des fossiles. Mon père s’appelait Roche, mes frères Berrada, Lucien, Tchitcho. Ma religion était la révolte. Jusqu’à cette mère dont je savais les glandes desséchées et les tendresses monstrueuses. « 

Succession ouverte, de Driss Chraïbi

avril 2, 2011 1 commentaire

Un homme vient de mourir, le vieux Seigneur. Avec lui meurt toute une époque, dans le contexte de l’indépendance du Maroc et de la plupart des pays du Tiers Monde. Driss Ferdi, l’un des fils du Seigneur, s’était jadis révolté contre lui, avait fui sa famille, son pays, brûlant de mordre à même la civilisation occidentale, de s’en nourrir, d’élargir son horizon humain. Et c’est précisément le jour où il s’aperçoit que rien de tout cela ne s’est produit, que la transplantation ne lui a apporté qu’angoisse, déséquilibre, solitude, qu’il reçoit un télégramme  de Casablanca lui apprenant la mort de son père. Il prend l’avion, regagne son pays natal. Les funérailles du vieux patriarche sont étalées sur plusieurs jours, traversées d’épisodes dramatiques, émouvants, doublées sur un mode étrangement modernisé et traditionnel par la lecture du testament : le Seigneur l’a enregistré sur bande magnétique. Que lègue cet homme à ses descendants ? Quel héritage ont transmis les anciennes puissances tutélaires à leurs anciennes colonies ? Quel va être le destin de ces peuples face à leur émancipation ? La succession est ouverte…

« Pendant des années, des années, je n’ai rien eu. Pas le moindre problème. Jamais. Pas même un rhume. Jamais pris le moindre cachet d’aspirine. Pas une seule maladie d’enfant, pas un seul vaccin. Un vrai chameau, un de ces ânes du Maroc qui font l’admiration des spécialistes. Les antibiotiques? je ne sais même pas ce que cela veut dire. Sincèrement. Ecoutez-moi : j’ai mangé des pierres. Et je vous prie de croire que, quand je vous dis qu’il s’agit de pierres, il s’agit de pierres. Rien, jamais, n’a pu m’abattre. Aucune adversité. Les petites suspicions, les vexations de toute sorte, mais mon Dieu, les routes ne sont pas toutes goudronnées. C’est dur de faire l’apprentissage de la vie, et c’est encore plus dur de faire l’apprentissage de l’Europe, au moment même où toute l’Afrique du Nord est à feu et à sang. Mais,  quand on poursuit un but, c’est comme si on longe un tunnel. Les ténèbres ne vous font pas peur, n’existent même pas. Seule compte la petite lueur, là-bas, au bout du tunnel. On dit de quelqu’un qu’il a eu une vie de chien. On devrait dire qu’un tel chien a eu une vie d’homme. Je fais une sorte de bilan, comprenez-vous ? Pendant trente-cinq ans, j’ai trente-cinq ans, chaque fois que j’ai eu un problème, je me suis couché. C’est le meilleur remède, docteur. Je me suis couché, je me suis endormi tout de suite et le lendemain il n’y avait plus de problème. »

« Je me souviens. On ne devrait jamais se souvenir. J’étais entré dans se pays comme on entre dans la vie. Riche d’argent et d’espérance. Riant à gorge déployée, ardent et sensible, venant d’un passé simple, si simple et si élémentaire que l’histoire des hommes s’était chargée de le mettre à bas à coups de bombes et de haines. Seule a survécu en moi la sensibilité. La violence de la sensibilité. Je l’ai toujours portée en moi, de plus en plus violente et muselée, à mesure que s’effrite ma capacité de croire et que s’entassaient les morts. Elle est là, dans mon crâne, dans mes mains, dans mes yeux. C’est pour cela que je porte des lunettes noires que je n’enlève que la nuit, dans mon lit, quand je suis sûr que je peux enfin dormir. Le pire attentat, c’est l’attentat de l’âme. Peu importent le corps et la faim du corps. Il faut des bases pour ce qu’on appelle une vie d’homme. Et, quand ces bases viennent à manquer, quand vous les voyez là, à vos pieds, vieilles et pourries alors qu’on les croyait d’acier, je vous jure que vous êtes prêt à n’importe quel meurtre. Ce qui m’a sauvé, c’est l’héréditaire patience. Mais cela m’a coûté ma foi. »

« Le puits, Driss. Creuse un puits et descends à la recherche de l’eau. La lumière n’est pas à la surface, elle est au fond, tout au fond. Partout, où que tu sois, et même dans le désert, tu trouveras toujours de l’eau. Il suffit de creuser. Creuse, Driss, creuse. »

Succession ouverte [2070371360], 1962.

 

L’inspecteur Ali, de Driss Chraïbi

mars 9, 2011 5 commentaires

Le narrateur, Brahim, écrivain de son état, grand amoureux de sa femme écossaise, revient dans son Maroc natal après bien des années passées en France. Brahim est devenu mondialement célèbre avec le personnage de l’inspecteur Ali, hâbleur et provocateur, aussi expert en résolution d’énigmes policières qu’en analyses pertinentes et inattendues au sujet de l’Islam. Mais pour le moment, Brahim prépare à El Jadida, au milieu des siens et de ses amis, la première visite de ses beaux-parents britanniques…le choc de deux modes de vie est l’occasion d’une irrésistible galerie de portraits et d’un tableau de mœurs dont la loufoquerie n’occulte nullement la lucidité.

« C’est un écrivain arabe, la cinquantaine. Six mois après avoir envoyé son manuscrit, il se décide à aller aux nouvelles. Le PDG des Saudi Press Inc. Le reçoit avec des salamalecs, environné de visiotéléphones, de mini-ordinateurs et autres bonnes choses de la vie made in Japan.
Et il lui dit :- Quel est votre nom déjà ?
-Mohamed.
-Ah oui ! Eh bien, mon cher Mohammed, le comité de lecture a pris connaissance de votre manuscrit. Vous avez de la patte, c’est sûr. Certains passages sont poétiques, voire lyriques. Et puis, brusquement, nous tombons dans des préceptes moraux, sociaux, ça nuit au déroulement du récit. Tel qu’il se présente, je crains fort que votre livre ne se vende pas. Nous sommes au XXe siècle, mon cher. Vous ne pourriez pas le remanier un peu, de fond en comble, avec l’aide bien entendu de nos rewriters ? Et quel titre lui donnez-vous ?
-Le Coran, dit Mohammed.
L’inspecteur Ali partis d’un immense éclat de rire. Il se tenait les côtes, il en pleurait. Il s’essuya les yeux avec son grand mouchoir à carreaux et regarda le parterre de policiers saoudiens. Aucun d’eux ne s’était associé à sa gaieté.
-Tiens donc ! se dit-il. Ils sont constipés, ces mecs. »

« Nous nous étranglions de rire depuis un bon moment déjà, Jock surtout qui ne cessait de me demander : Can you translate, Archie ? Please ! Seule, Susan ne s’associait nullement à notre gaieté.
-Vous en voulez une autre, les enfants ?
-Oh oui ! répondirent-ils d’une seule et même voix.
– C’est un pauvre type gris de malheur et maigre comme un bâton brûlé. Il entre dans une pharmacie et dit : « Je voudrait dix grammes de poison. Un poison rapide et sûr. C’est pour ma femme. –Ah ? fait le pharmacien. Tu as une ordonnance du médecin ? –Non, pas d’ordonnance. Mais j’ai apporté la photo de ma femme. Tu veux le voir ? –Ouillouillle ! s’exclame le pharmacien. Ah ! ce qu’elle est moche ! Je te délivre cent grammes de poison, gratuitement… » C’est ainsi que nous arrivâmes à El Jadida, riant et chantant.
-Nice, very nice, this song, répétait Jock. Is it folklore ?
-Folklore toi-même, dit Tarik. Ferme ta bouche et chante avec nous.
J’invitai Miloud à partager notre repas et il accepta avec plaisir. Il devrait être deux heures de l’après-midi d’après la position du soleil. Plis de drapeau dans la vielle, plus une seule fleur dans le terre-plein des avenues. Même les arcs de triomphe avaient été démontés. Oui, le roi n’avait pas pu venir dans la capitale des Doukkala. »

« L’absence a-t-elle une âme ? L’attente aiguise-t-elle cette âme, lui redonne-t-elle une présence plus lancinante que la réalité ? Toute mort ne laisse-t-elle pas derrière elle le souvenir amplifié de la vie ? C’est alors que les gestes et les paroles prennent une signification, émotionnelle et assaillent, étreignent : on voudrait les entendre et les voir de nouveau, les extraire du domaine de la mémoire, les empêcher de vieillir, de rejoindre le passé. Tous sont privilégiés. Que jamais rien ne meure ! C’est alors que naît l’inspiration, à l’exacte frontière du vécu tout récent et de l’attente d’un nouveau moment privilégié. Elle supplée la réalité, lui donne une nouvelle vie. »

« Des chevilles à ma nuque montait, montait un long et lent frisson indicible, fort et ténu à la fois, impossible à définir. Le friselis gagnait mon échine, lentement, puissamment, donnait l’assaut à ce qui me restait de lucidité. Et, dans le même temps, croulait en moi tous les automnes du monde et renaissaient tous les printemps. De mon cerveau pensant ou de mon corps, qui des deux était submergé par l’inspiration créatrice – cette petite clarté qui aveuglait les mots et que j’avais en vain cherchée, patiemment, tenacement, depuis le jour où j’avais entrepris d’écrire le Second Passé simple ? Si tu ne sais pas ce qui s’est passé avant ta naissance, tu resteras toujours un enfant. Voilà la phrase clé, voilà le thème profond ! Derrière les Saddam Hussein et autres rois qui occupaient le devant de la scène, bien avant eux il y avait eu in autre personnage, considérable : le prophète Mohammed. Que oui ! Il était nos tenants et nos aboutissements, l’entendre, le comprendre- et le comprendre en cette misérable fin de siècle. Il me fallait désapprendre tout ce qu’on m’avait appris dans mon enfance, rejeter l’hagiographie, les légendes et les mythes- retrouver ma propre langue, qui n’était ni celle de ma mère ni celle de mon père. Ce fit un rêve très bref, très violant. »‘

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 Du même auteur:

Le monde à côté, 2001.

Le Monde à côté, de Driss Chraïbi

février 25, 2011 3 commentaires

«J’appelle  exil l’ouverture à l’Autre, le besoin de se renouveler et de se remettre en question. Les certitudes sont autant de prisons. C’est en solitaire, hors chapelle, et en plein doute que j’ai publié une vingtaine d’ouvrages.» DC                                              Le Monde à côté mérite bien son titre : C’est un roman autobiographique déjanté, chargé d’éclats de rire et de tendresse. Fuyant la conformité, privilégiant la vie, sa passion pour les femmes, Driss Chraïbi y relate son périple, depuis son arrivée en France en 1945 jusqu’à la fin du deuxième millénaire, les rencontres professionnelles, en Alsace, à l’île d’Yeu, au Canada, à Paris, partout où il a vécu et écrit, au confluent des cultures. Ludique et publique, sans fard, le livre se termine par ces mots : «La vie continue. Bonjour la vie !»

Passages choisis

« — Driss Chraïbi, vous pensez en arabe et vous écrivez en français. N’y a-t-il pas là une sorte de dichotomie ?
J’ai vu venir le journaliste. J’aurais volontiers conversé avec lui un petit quart d’heure d’horloge, le temps que nous fassions plus ample connaissance, le temps aussi de dénicher la petite idée qu’il avait derrière la tête et qui devait avoir la forme d’une étiquette. Mais je n’étais pas seul sur le plateau. C’est pourquoi je lui ai demandé poliment :
— Dicho…quoi ? C’est un vocable qui n’entre pas dans la ligne de mes références.
Il m’a expliqué ce que l’on entendait par « dichotomie », les deux pôles d’un aimant qui se repousse en quelque sorte. Je me suis exclamé :
— Ah bon ! mais, monsieur, le plus grand bonheur d’un homme est d’avoir deux langes dans la bouche, surtout si la deuxième est celle d’une femme. Vous ne trouvez pas ?
Comme il ne trouvait pas, j’ai pris mon plus bel accent de travailleur immigré pour désénerver ce cas de figure :
— Si, misiou ! Ji pense en arabe, mais ji trové machine à écrire qui écrit en francés tote seule. 
L’émission a été coupée net, j’ignore pourquoi.»

« Une appartenance ethnique —voire un patronyme— n’est qu’une étiquette du langage, il me semble. Ce n’est pas une identité. L’identité est ce qui demeure primordial le long d’une existence, jusqu’au dernier souffle : la moelle des os, l’appétit flamboyant des organes, la source qui bat dans la poitrine et irrigue la personne humaine en une multitude de ruisseaux rouges, le désir qui naît en premier et meurt le dernier. »

« Je me suis rendu dans tous les lieux de ma mémoire, au Maroc, en France et ailleurs, partout où j’ai vécu et rêvé. Le soir tombe ici ou là-bas. Du ciel perlent les étoiles, peignant du vert de l’espoir dans le ciel est une larme, une âme. Et toutes sont mes larmes, des parcelles de mon âme. Toutes m’ont parlé avec le langage des origines, avec la langue du poème. Lentement, le poème est devenu une musique. Un à un, j’ai pris par la main puis dans mes bras tous les êtres et toutes les choses que j’ai aimés et qui ont disparu. Et j’ai dansé avec eux sous le ciel vert, valsé, valsé en une valse lente, très lente, de plus en plus lente jusqu’à l’immobilité. La vie continue. Bonjour la vie ! »

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Le Monde à côté,  Driss Chraïbi[ 9782070425785] – 80,00Dhs.

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