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Kiffe kiffe demain de Faïza Guène

juin 13, 2010 3 commentaires

Doria a quinze ans, un sens aigu de la vanne, une connaissance encyclopédique de la télé et des rêves qui la réveillent. Elle vit seule avec sa mère dans une cité de Livry-Gargan, depuis que son père est parti un matin pour trouver au Maroc une femme plus jeune et plus féconde. Ça, chez Doria, ça s’appelle le mektoub,le destin: « Ça veut dire que, quoi que tu fasses, tu te feras couiller ». Alors autant profiter du présent avec ceux qui l’aiment ou font semblant. Sa mère d’abord est le soleil dans sa vie. Son pote Hamoudi, qui l’a connue alors qu’elle était haute comme une barette de shit. Mme Burland, sa psychologue, qui met des porte-jarretelles et sent le Parapux. Ou encore Aziz, l’épicier du Sidi Mohamed Market avec qui Doria essaie en vain de caser sa mère. Kiffe kiffe demain est d’abord une voix, celle d’une enfant des quartiers. Un roman plein de sève, d’humour et de vie…

« L’avenir ça nous inquiète mais ça devrait pas, parce que si ça se trouve, on en a même pas. On peut mourir dans dix jours, demain ou tout à l’heure, là, juste après. C’est le genre de trucs qui prévient pas. Y a ni préavis, ni relance. Pas comme pour la facture EDF en retard… J’y pense à la mort des fois. Ça m’arrive même d’en rêver. Une nuit, j’assistais à mon enterrement. Y avait presque personne. Juste ma mère, Mme Burlaud, Carla, la Portugaise qui nettoie les ascenseurs de la tour, Leonardo DiCaprio de Titanic, et ma copine Sarah qui a déménagé à Trappes quand j’avais douze ans. Mon père, il était pas là. »

« Je crois que suis comme ça depuis que mon père est parti. Il est parti loin. Il est retourné au Maroc épouser une autre femme sûrement plus jeune et plus féconde que ma mère. Après moi, Maman n’as plus réussi à avoir d’enfant. Pourtant, elle a essayé longtemps. Quand je pense qu’il y a des filles qui font pas exprès de tomber enceintes du premier coup… Papa, il voulait un fils. Pour sa fierté, son nom, l’honneur de la famille, et je suppose encore plein d’autres raisons stupides. Mais il n’a eu qu’un enfant et c’était une fille. Moi. Disons que je ne correspondais pas tout à fait au désir du client. Et le problème, c’est que ça se passe pas comme à Carrefour: y a pas de service après-vente. Alors un jour, le barbu, il a dû se rendre compte que ça servait à rien d’essayer avec ma mère et il s’est cassé. Comme ça, sans prévenir. »

« Tante Zohra, elle a de grands yeux verts et elle rit tout le temps. C’est une algérienne de l’Ouest, de la région de Tlemcen…Je l’aime beaucoup, parce que c’est une vraie femme. Une femme forte. Son mari, il est retraité des travaux publics et il a épousé une deuxième femme là-bas au pays, alors il reste six mois là-bas et six mois en France. C’est une mode ou quoi? Tous, ils décident de se refaire une vie à l’âge de la retraite et d’épouser une femme plus fraîche. La différence, c’est que le mari de Tante Zohra il a su tempérer. Il fait du mi-temps. »

« Certains espèrent toute leur vie retourner au pays. Mais beaucoup n’y reviennent qu’une fois dans le cercueil, expédiés par avion comme de la marchandise exportée. Évidemment, ils retrouvent leur terre, mais c’est sûrement pas au sens propre qu’ils voyaient la chose… »

« Pour les mauvaises nouvelles, il faut s’inspirer de la télé. Du courage et du tact de Gaby dans Sunset Beach quand elle annonce à son con de mari qu’elle l’a trompé avec son propre frère. En plus, il était prêtre le frère. Encore pire. Alors à côté de ça, annoncer au père de Youssef que son gosse est en prison jusqu’au printemps prochain, c’est du gâteau. »

« Et puis, si ça se trouve, la coiffure, je vais adorer…C’est vrai ça faire des permanentes à des très vieilles dames qui ont trois poils sur le caillou et qui paient une fortune pour l’entretien de leurs cheveux, ça va me plaire, je le sens. »

« Il doit faire partie de ces gens qui croient que l’illettrisme, c’est comme le sida. Ça existe qu’en Afrique. »

 » Et puis, le prénom de ma mère, c’est pas Fatma, c’est Yasmina. Ça doit bien le faire marrer, M. Schihont, d’appeler toutes les Arabes Fatma, tous les Noirs Mamadou et tous les Chinois Ping-Pong. »

« Mon prof de géo de l’année passée, quand on a étudié la période médiévale, il nous a dit que l’église, les dessins des vitraux, c’était la Bible du pauvre, pour les gens qui savaient pas lire. Pour moi, la télé aujourd’hui, c’est le Coran du pauvre. »

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