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Frank Sinatra [The voice]

janvier 6, 2011 4 commentaires

La première star de la pop music fut incontestablement Frank Sinatra, sans doute le plus célèbre chanteur du XXe siècle. L’image que beaucoup gardent aujourd’hui du chanteur italo-américain est celle d’un « vieux beau » empâté, portant une perruque, et poussant, lors d’interminables tournées d’adieu, ses vieilles rengaines (My Way, New York, Fly me to the Moon…) d’une voix qui semble mieux adaptée à un thé dansant qu’à une scène de spectacle.

Pourtant, les concerts de Sinatra furent, dans une Amérique plongée dans la seconde Guerre Mondiale, le lieu de scènes d’hystérie collective sans précédent, annonçant la beatlemania qui déferle sur le monde vingt-cinq ans plus tard. Ses jeunes fans adolescentes, les bobbysoxers, occupent sans relâche les travées du Paramount Theater au point de paralyser la circulation automobile new-yorkaise : en 1944, à 9heures, plus de 10000 adolescents font la queue sur dix rangées de front, tandis que plus du double s’est massé à Times Square dans l’espoir d’apercevoir la star.

L’imprésario de Sinatra, George Evans, rémunère des jeunes filles pour s’évanouir en poussant des grands cris à la vue de leur idole, et Sinatra (qui fait durant tous les concerts l’objet d’immenses jets de roses, de culottes et de soutiens-gorge) tente tant bien que mal de se faire entendre. Dans cette Amérique puritaine, les maris voient avec stupéfaction leurs femmes se liquéfier à l’audition de « I’ll be seeing you » ou « How about you », et les ligues de chasteté réagissent violemment face à cette frénésie.

Mais ce qu’il faut avant tout retenir de Frank Sinatra est son talent vocal, cette voix fabuleuse et immédiatement reconnaissable qui lui vaudra d’être surnommé « The voice » par la presse durant toute sa carrière. Refus de la théâtralité propre au chant lyrique ; refus des artifices de voix qu’affectionnent certains jazzmen ; volonté d’imposer un ton qui n’a besoin d’aucune emphase pour conquérir un auditoire : Sinatra inaugure un nouveau style vocal, soucieux de naturel plus que de virtuosité.

Parmi les musiciens pop, seul le David Bowie des grandes années peut lui être comparé. Même si son talent s’épanouit pleinement dans le jazz et au travers du swing, Sinatra possède un sens inné de la chanson, sait accentuer certaines paroles, faire traîner certains couplets, conférer une puissance émotionnelle rare à la plus mièvre des mélodies. Son œuvre annonce ainsi  l’arrivée de la variété, style musical qu’il serait plus juste d’appeler chanson puisque la voix y tient le premier rôle musical.

Le but du jeu est d’émouvoir l’auditeur à travers un chant avant tout soucieux d’authenticité : que ce soit à travers les paroles (parfois autobiographiques comme dans le cas de Barbara, souvent sentimentales, voire impudiques, comme dans le cas de la grande Edith Piaf) ou à travers l’exécution, le chanteur se doit de donner l’impression qu’il ne « triche » pas.

Dans la lignée francophone de ces grands chanteurs, nous pourrions également citer Charles Aznavour (qui, à chaque concert, rend hommage à son ami Frank Sinatra) ; Jaques Brel, qui sait admirablement s’investir dans les chansons réellement bouleversantes (Les Bonbons, Jeff,…) ou volontiers méchantes (Les Bourgeois, Les Flamandes,…) ; ou le poète Léo Ferré qui parvient à montrer que la politique est avant tout affaire de sensibilité.

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