L’amour dure trois ans

Ben quoi ? Ben oui ! Faut pas compliquer ! Faut dire les choses comme elles sont. On aime et puis on n’aime plus.

Au début, tout est beau, même vous. Vous n’en revenez pas d’être aussi amoureux. Chaque jour apporte sa légère cargaison de miracles. Personne sur Terre n’a jamais connu autant de plaisir. Le bonheur existe, et il est simple ; c’est un visage. L’univers sourit. Pendant un an, la vie n’est qu’une succession de matins ensoleillés, même l’après-midi quand il neige. Vous écrivez des livres là-dessus. Vous vous mariez, le plus vite possible – pourquoi réfléchir quand on est heureux ? Penser rend triste ; c’est la vie qui doit l’emporter. La deuxième année, les choses commencent à changer. Vous êtes devenu tendre. Vous êtes fier de la complicité qui s’est établie dans votre couple. Vous comprenez votre femme à demi-mot; quelle joie de ne faire qu’un. La troisième année, vous passez des heures au restaurant avec elle à écouter ce que racontent les voisins de table. Il faut se décider ; ou bien on vit avec quelqu’un, ou bien on le désire. On ne peut pas désirer ce qu’on a, c’est contre nature…

« Un moustique dure une journée, une rose trois jours. Un chat dure treize ans, l’amour trois. C’est comme ça. Il y a d’abord une année de passion, puis une année de tendresse et enfin une année d’ennui.La première année, on dit : Si tu me quittes, je me tue. La seconde année, on dit : Si tu me quittes, je souffrirai mais je m’en remettrai. La troisième année, on dit : Si tu me quittes, je sabre le Champagne. « 

« Notre génération est trop superficielle pour le mariage. On se marie comme on va au MacDo. Après, on zappe. Comment voudriez-vous qu’on reste toute sa vie avec la même personne dans la société du zapping généralisé ? Dans l’époque où les stars, les hommes politiques, les arts, les sexes, les religions n’ont jamais été aussi interchangeables ? Pourquoi le sentiment amoureux ferait-il exception à la schizophrénie générale ? »

« Pourquoi n’y a-t-il personne aux divorces ? À mon mariage, tous mes amis m’entouraient. Mais le jour de mon divorce, je suis incroyablement seul. Pas de témoins, ni de demoiselles d’honneur, pas de famille, ni de copains bourrés pour me taper dans le dos. Ni fleurs, ni couronnes. J’aurais aimé qu’on me lance quelque chose, à défaut de riz, je ne sais pas, des tomates pourries, par exemple. À la sortie du Palais de Justice, ce genre de projectile est pourtant monnaie courante. Où sont-ils, tous ces proches qui se gavaient de petits fours à mes noces et qui à présent me boycottent, alors que ce devrait être l’inverse – on devrait toujours se marier seul et divorcer avec le soutien de tous ses amis ? »

« Le voilà, le grand drame de notre société : même les riches ne font plus envie. Ils sont gros, moches et vulgaires, leurs femmes sont liftées, ils vont en prison, leurs enfants se droguent, ils ont des goûts de ploucs, ils posent pour Gala. Les riches d’aujourd’hui ont oublié que l’argent est un moyen, non une fin. Ils ne savent plus quoi en faire. Au moins, quand on est pauvre, on peut se dire qu’avec du fric tout s’arrangerait. Mais quand on est riche, on ne peut pas se dire qu’avec une nouvelle baraque dans le Midi, une autre voiture de sport, une paire de pompes à douze mille balles ou un mannequin supplémentaire, tout s’arrangerait. Quand on est riche, on n’a plus d’excuses. C’est pour ça que tous les milliardaires sont sous Prozac : parce qu’ils ne font plus rêver personne, pas même eux. »

« Être seul est devenu une maladie honteuse. Pourquoi tout le monde fuit-il la solitude ? Parce qu’elle oblige à penser. De nos jours, Descartes n’écrirait plus : « Je pense donc je suis. » Il dirait :  » Je suis seul donc je pense. » Personne ne veut la solitude, car elle laisse trop de temps pour réfléchir. Or plus on pense, plus on est intelligent, donc plus on est triste. Seule bonne nouvelle : le malheur fait maigrir. Personne ne mentionne ce régime-là, qui est pourtant le plus efficace de tous. La Dépression Amincissante. Vous pesez quelques kilos de trop ? Divorcez, tombez amoureux de quelqu’un qui ne vous aime pas, vivez seul et ressassez votre tristesse à longueur de journée. Votre surcharge pondérale aura tôt fait de disparaître comme neige au soleil. Vous retrouverez un corps svelte, dont vous pourrez profiter – si vous en réchappez »

« Ce qu’il y a de plus beau chez une femme, c’est qu’elle soit saine. J’aime qu’elle respire la Santé, cette prison de plaisir ! Je veux qu’elle ait envie de courir, de rire aux éclats, de se goinfrer ! Des dents aussi blanches que le blanc des yeux, une bouche fraîche comme un grand lit, des lèvres cerise dont chaque baiser est un bijou, une peau tendue comme un tam-tam, des seins ronds comme des boules de pétanque, des clavicules fines comme des ailes de poulet, des jambes dorées comme le ciel de Toscane, un cul rebondi comme une joue de bébé, et surtout, surtout pas de maquillage. Il faut qu’elle sente le lait et la sueur plutôt que le parfum et la cigarette. »

« J’ai appris que pour être heureux, il faut avoir été très malheureux. Sans apprentissage de la douleur, le bonheur n’est pas solide. L’amour qui dure trois ans est celui qui n’a pas gravi de montagnes ou fréquenté les bas-fonds, celui qui est tombé du ciel tout cuit. L’amour ne dure que si chacun en connaît le prix, et il vaut mieux payer d’avance, sinon on risque de régler l’addition a posteriori. Nous n’avons pas été préparés au bonheur parce que nous n’avons pas été habitués au malheur. Nous avons grandi dans la religion du confort. Il faut savoir qui l’on est et qui l’on aime. Il faut être achevé pour vivre une histoire inachevée. »

« L’amour est une catastrophe magnifique : savoir que l’on fonce dans un mur, et accélérer quand même ; courir à sa perte, le sourire aux lèvres ; attendre avec curiosité le moment où cela va foirer. L’amour est la seule déception programmée, le seul malheur prévisible dont on redemande.  »
L’Amour Dure Trois Ans [9782246546511] – 210,00Dhs : LivreMoi.ma, Votre Librairie au Maroc.

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