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Archive for the ‘Frédéric Dard [San Antonio]’ Category

Hue, Dada! – de San Antonio

février 21, 2011 2 commentaires

Amin Dada, roi d’Irlande !
Bon.
Les choses surprenantes, faut pas s’insurger, leur glapir au scandale ; mais les étudier de près et alors, alors seulement, rendre son verdict en son âme et conscience. Toute folie comporte une motivation qui la rend en fin de compte plausible.
Si nous penchons sur le cas Dada, nous dégageons avant toute autre chose sa haine admirative pour le Royaume-Uni en général et pour son symbole absolu, la Reine, en particulier. Ce grand diable, qui monte facilement sur ses grands chevaux, ne peut oublier la férule d’autan. Aussi, lorsque, maître absolu de l’Ouganda, leur demande de le coltiner en palanquin, comme le premier Paul Six venu, leur envoie des charters d’agrumes pour, dit-il en rigolant, les assister, oui, quand Dada s’abandonne à ces grinçantes facéties c’est parce qu’il a au cœur, vis-à-vis de la nation britich, une indéfectible admiration, jointe à une haine farouche. Que, dans son esprit particulier, l’idée ait germé qu’il puisse devenir roi du pays anglophone le plus proche du Royaume-Uni, pays soumis à L’Angleterre et la haïssant aussi fort que lui, oui, qu’une telle idée lui soit venue n’a rien d’époustouillant. Elle est même lo-gi-que.

Passages choisis:

«— Je suis là !
Ne veut rien dire. Mais traduit l’évidence. Quand un type qui est effectivement présent affirme qu’il est présent, cela renforce sa présence. Car des tas de gens sont présents sans en être conscients, ce qui constitue en fait une certaine forme d’absence. Pour être pleinement présent quelque part, il ne suffit pas de proposer sa personne physique que à ce quelque part, mais de participer spirituellement à cette présence, disons-le : de la vouloir totalement. Un présent dont l’esprit n’adhère pas réellement au fait qu’il soit là plutôt qu’ailleurs, n’est qu’un absent en représentation. Ce sui nous amène à constater qu’il y a souvent confusion entre présence et représentation. Une foule d’humains sont en représentation, laissant accroire qu’ils participent. De la sorte, les couches matrimoniales hébergent de faux présents, les parlements en sont parfois emplis, de même que certaines salles de spectacles. L’homme ne possède pas, ne possédera probablement jamais le don d’ubiquité ; par contre, il a admirablement réalisé et mis au point le don de manque. »

« Se faire comprendre des gens intelligents, c’est facile, voilà pourquoi mes zillustres confrères se mettent la gamberge en huit pour chier des phrases hermétiques, manière de compliquer un peu le jeu. Ce faisant, il se ferment à double tour la comprenette des moudus. Tandis que moi, je pense au con avant tout. Si le con me comprend, à plus forte raison le génie. Les grands penseurs qui sont souvent très cons – t’as qu’à les écouter rabâcher à la téloche- négligent les analphabètes, les consternas de la coiffe, les gélatineux du bulbe. Conclusion : ils doivent se contenter d’un lectorat réduit. Ils sont triomphants parce qu’ils ne touchent qu’une élite. Y’a pas de quoi pavoiser, cependant, parce que l’élite est minoritaire et qu’on a jamais rien gouverné –pas même un bol de soupe- avec une minorité. »

« Collectionner est prétentieux, c’est se donner l’illuse de l’immortalité. Je suis toujours apitoyé lorsqu’un pote prend son foot avec une collection de timbres, de bagues de cigares, de jetons provinciaux, de préservatifs royaux, de porte-clés ou de Bugatti. Grouper des choses de même nature, c’est préparer leur dispersion future. C’est mettre dans un récipient le grain à semer. Toute acquisition d’objets précieux est le prélude à leur vente. Personne n’a jamais rien conservé au-delà de quelques générations. T’es content ? Moi aussi ! On hérite jamais qu’une chose : la vie ! Et on la lègue avant de mourir, c’est le plus joyeux des héritages. »

« L’art véritable de ce siècle, celui qui aura eu le plus marqué de son empreinte, qui aura eu le retentissement le plus universel et le plus profond, ce n’est ni celui de Picasso ni celui de Kandinsky, pas plus que celui de Miro ou de Magritte, non, l’art souverain du vingtième siècle restera celui de Walt Disney. Les nains de Blanche-neige et le canard Donald demeurent les créations les mieux abouties, celles dont l’impact aura été le plus grand. L’individu de notre époque appartiendra à Disney, jusqu’à la fin de ses jours et des jours de ses enfants. Le Cubisme, le Surréalisme, l’Abstrait ne signifient rien comparés à Atchoum ou à Bambi. »

« Vous le savez, les dents du maréchal Amin Dada sont très recherchées pour la qualité de leur ivoire, bien supérieure à celle de la défense d’éléphant, son homologue chez les herbivores. Il est notoire que la denture, quand elle est exceptionnelle, révèle des destins d’exception. Napoléon I naquit avec une dent, Adolphe Hitler ne possédait que des canines et des incisives, Amin Dada, lui, offre une particularité unique dans l’histoire humaine : ses dents repoussent. Il n’eut jamais de dents de lait, s’étant montré carnivore dès sa naissance, puisqu’il mangea au lieu de le téter le sein de sa nourrice. Cet être d’élite eut immédiatement les dents longues. Second phénomène à propos de sa denture ses dents sont entièrement en ivoire : ni pulpe, ni émail. Uniquement de l’ivoire. Troisième phénomène enfin pour en terminer avec cette partie capitale de son individu : ses dents ne s’arrêtent de pousser que pour tomber. Lorsqu’il en perd une, celle-ci est reformée dans la semaine qui suit. Bien que la chose ne soit pas rendue officielle, l’on sait que le président-maréchal est sous contrat avec Cartier auquel il assure la totalité de sa production d’ivoire pur. »

Hue, Dada! San Antonio/ Frédéric Dard [ 9782265086395] – 80,00Dhs.

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