La Main de Fatima

Les révoltés de Cordoue d'Ildefonso Falcones (traduit de La Mano de Fatima)
Robert Laffont, 2011, 978221115404, 877 pages, 23.90 €

L’histoire:  Dans la seconde moitié du 16e siècle, tandis que l’Inquisition continue à soumettre de son talon de fer la vie politique, religieuse et culturelle des royaumes espagnols, dans les montagnes et les vallées des Alpujarras, au sud de la Péninsule, l’heure de la révolte a sonné. Ecoeuré par les injustices, les expropriations et les humiliations, les musulmans se dresse contre l’oppresseur afin qu’on reconnaisse leurs droits civils et religieux. Parmi eux, Hernando, dit le nazaréen, né d’une mauresque violée par un prêtre, qui rêve d’unir sa vie à celle de l‘incandescente Fatima, est entraîné dans un combat qu’il fera sien et qui le forgera. Tour à tour muletier, esclave entre les mains des Barbaresques, dresseur dans les haras royaux de Cordoue, et lettré à la Cour, il n’aura de cesse de lutter, au péril de sa vie, pour réconcilier les deux religions en guerre et rendre à sa culture la dignité et la place qu’elle mérite.

 Passages choisis:

« Ils étaient tous forcés de connaître le Notre-Père, l’Ave Maria, le Credo, le slave et les Commandement en espagnol : les enfants maures, grâce aux leçons qu’ils recevaient du sacristain ; les hommes et femmes, à travers les cours de religion qu’on leur donnait le vendredi et le samedi, et auxquels ils devaient assister sans peine de se voir frappés d’une amende et d’une interdiction de mariage. Lorsqu’ils prouvaient qu’ils connaissaient par cœur les prières, alors seulement ils étaient exemptés de venir en classe pendant la messe, certains priaient. Les enfants, attentifs au sacristain, le faisaient à voix haute, presque en criant, ainsi que le leur avaient appris leur parents qui, de cette manière, pouvaient tromper la présence agitée du bénéficier et prononcer en cachette : Allahou Akbar. Beaucoup le murmuraient les yeux fermés, en soupirant. »

« Au Xe siècle, le processus d’indépendance de Cordoue vis-à-vis de l’Orient atteignit son zénith, et Abderrahman III s’érigea en calife d’Occident, successeur et vicaire de Mohamed, prince des croyants et défenseur de la loi d’Allah. Dès lors, Cordoue devient la ville la plus importante d’Europe, héritière culturelle des grandes capitales orientales, avec plus de mille mosquées, des milliers d’habitations, de commerces, et près de trois cents bains publics. A Cordoue rayonnèrent les sciences, les arts et les lettres. Trois siècles plus tard, elle fut reconquise par la chrétienté et le roi saint, Ferdinant III, après six mois de siège, mené depuis la Ajerquia à la medina, les deux parties qui divisaient la ville. »

« – Il existe deux façons de monter à cheval, reprit le roi : la première, avec la bride, comme le font les chrétiens de tous les villages, moins les Castillans, qui nous copient largement et que leurs grandes et lourdes armures empêchent de faire beaucoup de mouvements. Quand le Diable Tête de Fer monte sur les chevaux, ceux-ci tremblent et se pissent dessus. Je l’au vu. Il les domine et les soumet avec cruauté…comme il le fait avec les hommes. Nous les musulmans, nous montons différemment : à la genette, comme les Arabes dans les déserts, en utilisant des étriers courts et en guidant le cheval avec les jambes et les genoux, pas seulement avec les brides et les éperons. Sois dur si tu dois l’être, mais surtout sois intelligent et sensible. Avec ces seules vertus tu réussiras à dominer ces animaux.
– Ibn Hamid, tu as choisi un animal à robe noire. Les couleurs des chevaux correspondent aux quatre éléments : air, feu, eau, terre. Les chevaux moreaux comme celui-là ont pris leur couleur de la terre et ils sont mélancoliques, raison pour laquelle il t’a paru tranquille, mais ils sont également vils et ont la vue basse. C’est pour ça qu’il t’a fait tomber. »

Mon avis:  Il m’a beaucoup plu pour sa construction, son habileté et l’authenticité des personnages. L’auteur a vraiment creusé profond. C’est un ouvrage richement documenté sur un épisode xénophobe de l’Age d’Or espagnol. Déchiré entre deux religions, le personnage de Hernando prend vie d’une lettre adressé au roi Philipe II : « Les Maures se sont révoltés, c’est vrai, mais ce sont les vieux-chrétiens qui les poussent au désespoir, avec leur arrogance, leurs larcins et l’impudence avec laquelle ils s’approprient leurs femmes. Même les prêtres se comportent ainsi. Comme un village entier s’était plaint de son curé auprès de l’archevêque, celui-ci donna l’ordre de vérifier le motif de la plainte. Emmenez-le loin d’ici, demandaient les paroissiens… ou, sinon, mariez-le, car tous nos enfants naissent avec des yeux aussi bleus que les siens. ». On parcourt avec le héros un long chemin : sa condition d’orphelin, la guerre, l’esclavage aux mains d’un corsaire et l’exil sur des terres hostiles où il n’avait rencontré que haine et malheur. La pauvreté et le dur labeur, les erreurs et le retour à la communauté, la fortune aux écuries royaux…L’imagination s’envole sans peine pour revivre l’époque de la révolution Cordoue et découvrir la beauté de la civilisation arabe. C’est fort. C’est tragique. C’est beau. Exactement ce qu’il faut pour les journées ramadanesques.
Merci à News book et aux éditions Robert Laffont pour l’envoi !

La bande annonce du livre: