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Jiddu Krishnamurti – La flamme de l’attention

septembre 26, 2010 Laisser un commentaire

Krishnamurti était particulièrement attaché à démonter les mécanismes ô combien multiples et tortueux de notre mental. La flamme est le feu, moteur de la vie sociale, elle est aussi le symbole de l’éveil, allumez une bougie et fixer sa flamme vous n’aurez plus tellement envie de dormir. Et l’attention qu’est-ce d’autre que notre faculté à être vigilant pour se diriger vers l’Éveil. L’amour et l’intelligence n’ont pas de cause, ils sont lumière. Les idées sont le fruit du savoir emmagasiné dans le cerveau. Elles découlent d’un processus matériel et sont toujours limitées et soumises à la loi des causes et des effets, elles n’ont aucune prise holistique sur le réel. Lorsque la véritable nature de l’activité mentale dans le psychisme est clairement observée et comprise, le processus de la pensée cesse d’être prédominant. Une telle compréhension est pure intelligence, libre de toute causalité, c’est la voie d’un changement radical de la condition humaine…

« La beauté est un des délices de la vérité. Quand vous donnez un jouet à un enfant qui a été bavard, dissipé, qui a joué, crié, quand vous donnez un jouet compliqué à cet enfant, il s’absorbe totalement dans ce jouet, il devient très calme, trouvant du plaisir dans son mécanisme. L’enfant devient complètement concentré, complètement absorbé par ce jouet. Toute l’agitation a été résorbée. Et nous aussi, nous avons des jouets, les jouets de l’idéal et des croyances qui nous absorbent. Si vous adorez une image parmi toutes les images de la terre, aucune n’est sacrée, elles sont toutes faites par l’esprit de l’homme, par sa pensée alors nous sommes absorbés, comme un enfant est absorbé par un jouet et nous devenons extraordinairement calme et doux. Quand nous voyons une montagne merveilleuse, couronnée de neige sur un ciel bleu et les vallées profondes qui sont dans l’ombre, leur grande splendeur et leur grande majesté nous absorbent complètement; pendant un moment, nous sommes complètement silencieux car leur majesté nous envahit, nous nous oublions. La beauté est là où vous n’êtes pas. L’essence de la beauté, c’est l’absence de « moi « . L’essence de la méditation, c’est d’explorer le renoncement au moi. »

« Je me demande si vous aimez. Aimez-vous? Votre femme, vos enfants, ce que l’on appelle votre pays? Aimez-vous la terre, la beauté d’un arbre, la beauté d’une personne?  Ou bien êtes-vous si terriblement centré sur vous-même que vous n’avez aucune perception de quoi que ce soit. L’amour apporte la compassion. La compassion ne s’occupe pas d’assistance sociale. La compassion a sa propre intelligence. Mais, vous ne connaissez rien à tout cela. Tout ce que vous connaissez ce sont vos désirs, vos ambitions, vos déceptions, votre malhonnêteté. Quand on vous pose des questions très profondes, qui vous remuent, vous devenez négligent. Quand je vous pose une question comme celle-là: « aimez-vous quelqu’un? » vos visages sont vides. Et c’est le résultat de votre religion, de votre dévotion à vos gourous absurdes, de votre attachement envers vos dirigeants ce n’est pas de l’attachement, vous avez peur et par conséquent vous suivez. Après tous ces millénaires, vous êtes ce que vous êtes maintenant, pensez à cette tragédie! C’est votre tragédie, vous comprenez? Donc demandez-vous, si l’on peut vous le suggérer, en marchant avec vous sur ce chemin, comme un ami: « Savez-vous ce que signifie l’amour? » L’amour qui ne demande rien à un autre. Posez-vous la question. Il ne demande rien à votre femme, à votre mari rien n’est demandé à un autre, ni physiquement, ni émotionnellement, ni intellectuellement. Ne pas suivre un autre, ne pas avoir de concept et suivre ce concept. Car l’amour n’est pas la jalousie, l’amour n’a aucun pouvoir, dans le sens courant de ce mot. L’amour ne recherche pas une position sociale, prestige, du pouvoir. Mais il a sa propre capacité, sa propre habileté et sa propre intelligence. »

« Là où il a du conformisme, de l’obéissance et de l’imitation, il n’y a jamais d’apprentissage, on ne fait que suivre. La discipline implique l’apprentissage, apprendre sur l’esprit très complexe que l’on a, sur notre vie quotidienne, apprendre sur les relations avec les autres, de sorte que l’esprit soit toujours souple, actif. »

 » On est le passé, le présent et également le futur. On est le résultat du passé, un millier d’années et plus. On est aussi le présent avec ses impressions, ses conditions sociales actuelles, son climat actuel, on est tout cela et aussi le futur. On est le passé, modifié dans le présent et poursuivi dans le futur; c’est le temps intérieur. Il y a aussi le temps extérieur, le temps de la montre, le temps du lever et du coucher du soleil, de la succession du matin, de l’après-midi et du soir. Cela prend du temps extérieur d’apprendre une langue, d’apprendre la technique nécessaire pour conduire une voiture, pour devenir un menuisier, un ingénieur ou même un homme politique. Il y a un temps extérieur, celui qui est nécessaire pour parcourir la distance qui va d’ici à là et il y a également un temps qui prend la forme de l’espoir, c’est le temps intérieur. On souhaite devenir non-violent ce qui est absurde. On souhaite obtenir ou éviter la douleur ou la punition, on espère avoir une récompense. Donc, il n’y a pas seulement le temps extérieur, physique, mais il y a aussi le temps intérieur, psychologique. On n’est pas ceci, mais on deviendra cela; ce qui signifie le temps. »

« A quoi avons-nous réduit ce monde! C’est un monde si beau, avec ses ravissantes collines, ses montagnes merveilleuses et ses formidables rivières. Après trois mille ans de souffrance humaine, de lutte entre les hommes, d’obéissance, de soumission, d’entre-déchirement, voilà à quoi nous l’avons réduit: une masse confuse d’êtres sauvages et irréfléchis qui ne prennent pas soin de la terre, ni de ses splendeurs, ni de la beauté d’un lac, d’une mare ou de la rivière rapide et bondissante;personne ne semble s’en soucier. Nous ne nous intéressons qu’à nos petits moi, nos petits problèmes et ceci après trois ou cinq mille ans de prétendue culture. »
La Flamme De L’Attention [9782020258807] – 80,00Dhs : LivreMoi.ma, Votre Librairie au Maroc.

Virgil Gheotghiu, Les mendiants de miracles| Plon| 1967| ISBN 21971 | 251 pages |

Vivre selon Krishnamurti

juillet 28, 2010 Laisser un commentaire

On agit, on réfléchit, on s’abandonne à un éternel tourbillon, à des conflits, à la peur, à la tristesse, à la culpabilité, à l’ambition, à la concurrence, la soif du plaisir avec sa conséquence inévitable de souffrance, de désirs de réussir. Tout cela nous l’appelons vivre. Et c’est bien là notre vie, coupée par des moments de joie passagère, des moments de compassion sans motif, de générosité gratuite. Rares sont les moments d’extase, de cette félicité qui ne connaît ni le passé ni l’avenir. Mais notre vie de bureau, nos colères, notre haine, notre mépris, nos hostilités, ce à quoi nous donnons le nom de vie quotidienne, nous jugeons que tout cela est extraordinairement positif. Mais le seul positif véritable c’est la négation du positif. Nier cette soi-disant existence, qui est laide, solitaire, apeurée, brutale et violente, la nier sans rien connaître d’une autre existence, c’est l’action positive entre toutes. Sommes-nous en communication les uns avec les autres ? Voyez-vous, c’est être hautement moral que de rejeter complètement la moralité conventionnelle, parce que, ce que nous appelons la moralité sociale, la moralité de la respectabilité, est complètement immoral ; nous avons l’esprit compétitif, avide, envieux, nous cherchons toujours à n’en faire qu’à notre. Et nous appelons tout cela la moralité sociale ; les gens religieux parlent d’une morale différente, mais leur vie, toutes leurs attitudes, la structure hiérarchique des organisations religieuses et de la croyance, tout cela est immoral. Rejeter tout cela n’est pas réagir, parce que quand vous réagissez, c’est une nouvelle façon d’être en désaccord et de le manifester par une résistance. Quand vous le rejetez parce que vous l’avez compris, alors surgit la moralité suprême. Et de même, rejeter la moralité sociale, rejeter notre façon de vivre: nos petites vies mesquines, notre existence, notre vie intellectuelle, nos satisfactions superficielles obtenues par l’accumulation de biens rejeter tout cela non pas par réaction, mais parce que nous en avons vu la complète stupidité et tout ce que cette façon de vivre a de destructeur; rejeter tout cela c’est vivre. Voir le faux comme étant faux, c’est la vérité. Qu’est-ce alors que l’amour ? Est-il plaisir ? Est-il désir ? L’amour est-il attachement, dépendance, possession de la personne que vous aimez et que vous dominez ? Est-ce amour quand vous dites : « Ceci est à moi et pas à vous, cela m’appartient, j’ai des droits sexuels » qui impliquent jalousie, haine, colère, violence ? Et puis encore, on a partagé l’amour en sacré et profane, c’est une partie de notre conditionnement religieux ; tout cela, est-ce de l’amour ? Pouvez-vous aimer et être ambitieux ? Pouvez-vous aimer votre mari, peut-il prétendre vous aimer s’il est ambitieux ? Peut-il y avoir amour, là où il y a concurrence et lutte pour la réussite ? Rejeter tout cela, non seulement intellectuellement ou verbalement, mais le balayer de tout notre être, ne plus jamais être la proie d’aucune jalousie, d’aucune envie, d’aucune ambition, d’aucun désir de surclasser rejeter tout cela c’est bien certainement de l’amour. Et ces deux façons d’agir ne peuvent jamais aller ensemble. L’homme qui est jaloux, la femme qui est dominatrice, ne savent pas ce que signifie l’amour ils peuvent en parler, dormir ensemble, se posséder l’un l’autre, dépendre l’un de l’autre pour leur confort, leur sécurité, leur crainte de solitude, mais tout cela ce n’est certainement pas de l’amour. Si ceux qui prétendent aimer leurs enfants parlaient sérieusement, aurions-nous des guerres ? Serions-nous divisés en nationalités, ces séparations existeraient-elles ? Ce que nous appelons amour est torture, désespoir, sentiment de culpabilité. On identifie en général l’amour au plaisir sexuel. Nous ne voulons être ni prudes ni puritains, nous n’affirmons pas qu’il faut vivre sans plaisir. Quand vous regardez un nuage ou le ciel ou un beau visage, il y a une grande joie. Quand vous regardez une fleur il y a sa beauté et nous ne rejetons pas la beauté. Mais la beauté n’est pas un plaisir issu de la pensée, c’est la pensée qui ajoute le plaisir à la beauté. De même, quand nous aimons au cours de notre vie sexuelle, la pensée y surajoute le plaisir, l’image de ce qui a été, la répétition de cette expérience pour le lendemain. Cette répétition est plaisir, elle n’est pas beauté. La beauté, la tendresse, l’amour dans son sens complet n’excluent pas la sexualité. De nos jours tout est permis, le monde paraît avoir subitement découvert la vie sexuelle qui a pris une importance extraordinaire. C’est probablement pour l’homme l’unique évasion qui lui reste, l’unique liberté ; partout ailleurs il est bousculé, maltraité intellectuellement et émotivement, violé ; dans tous les sens du mot il est un esclave, il est brisé et le seul instant où il dispose d’une certaine liberté c’est au cours de l’expérience sexuelle. Et, dans ce moment de liberté, il trouve une certaine joie et il désire la voir se répéter. Et en tout ceci, où est l’amour ? Seul un esprit et un cœur plein d’amour sont capables de voir le mouvement de la vie dans sa totalité. Et dès lors quoi qu’il puisse faire, un homme qui connaît un tel amour est moral, il est vertueux, et tout ce qu’il fait est beau. Quel est le rôle de l’ordre en tout ceci ? Nous savons que notre vie est désordonnée et confuse. Tous, nous avons soif d’ordre, non seulement dans notre maison, mettant chaque chose à sa place, mais nous désirons également un ordre extérieur dans la société où règne une immense injustice sociale. Nous désirons aussi un ordre intérieur il faut qu’il y ait un ordre profond, un ordre mathématique. Pouvons-nous établir un ordre en nous-mêmes en suivant un modèle que nous pensons être ordonné ? S’il en était ainsi nous serions à comparer le modèle avec le fait, donnant ainsi naissance à un conflit. Ce conflit même n’est-il pas désordre? et par conséquent il n’y a là aucune vertu. Quand un esprit lutte pour être vertueux, moral, éthique, il résiste et ce conflit même est désordre. Par conséquent, la vertu est l’essence même de l’ordre bien que ce mot soit mal vu dans nos sociétés modernes. Une telle vertu ne prend pas naissance à la suite d’un conflit dans la pensée, mais seulement quand le désordre est aperçu d’une façon critique, par une intelligence en éveil, une intelligence qui se comprend elle-même. Là règne un ordre complet dans sa forme la plus élevée, et c’est bien la vertu. Et ceci ne peut avoir lieu que quand il y a amour. Puis il y a la question de mourir, que nous avons avec grand soin éloignée de nous, quelque chose qui doit se passer dans l’avenir, dans cinquante ans ou demain. Nous avons peur de cesser d’exister physiquement et d’être séparés des choses que nous avons possédées, ressenties, et pour lesquelles nous avons travaillé : la femme, le mari, la maison, les meubles, le petit jardin, les livres et les poèmes que nous avons écrits ou que nous espérons écrire. Et vous avez peur de lâcher tout cela parce que vous êtes ce mobilier, vous êtes le tableau que vous possédez; quand vous êtes doués pour jouer du violon, vous êtes ce violon. En effet, nous nous sommes identifiés à toutes ces choses nous sommes ces choses et rien d’autre. Avez-vous jamais regardé le monde sous ce jour ? Vous êtes la maison: les volets, la chambre à coucher, le mobilier que vous avez entretenu pendant des années, que vous possédez c’est là ce que vous êtes. Enlevez tout cela et vous n’êtes plus rien.
Et c’est de cela que vous avez peur de n’être rien. N’est-il pas étrange de constater comment vous passez quarante années à travailler dans le même bureau et quand vous vous arrêtez vous avez une maladie de cœur et vous mourez. Vous êtes le bureau, les dossiers, le directeur ou l’employé, quelle que soit votre position ; vous êtes cela et rien d’autre. Et puis vous avez d’innombrables idées sur Dieu, la bonté, la vérité, ce que devrait être la Société et c’est tout. C’est là ce qui est triste. Se rendre compte par soi-même que l’on est cela, c’est une grande tristesse, mais la plus grande tristesse de tout c’est que vous ne vous en rendez pas compte. Le voir, voir ce que tout cela implique, c’est mourir. La mort est inévitable, tous les organismes physiques doivent prendre fin. Mais nous avons peur de lâcher le passé. Nous sommes le passé, le temps, la souffrance et le désespoir, traversés d’une perception passagère de beauté, d’un épanouissement de bonté ou de tendresse profonde, impression passagère, et non durable. Ayant peur de la mort, nous disons: « Vais-je revivre ? »… Mourir fait partie de vivre. Vous ne pouvez pas aimer sans mourir, mourir à tout ce qui n’est pas amour, mourir à tous les idéaux qui sont les projections de vos propres exigences, mourir au passé, à l’expérience, de façon à savoir ce que signifie l’amour, et par conséquent ce que cela signifie que de vivre. Et ainsi vivre, aimer et mourir sont une seule et même chose, c’est-à-dire vivre d’une façon complète maintenant. Alors il y a une action qui n’est pas contradictoire, entraînant la souffrance et la tristesse ; alors vivre, aimer et mourir sont action. Et cette action est ordre. Si nous vivons de cette façon-là comme nous devons le faire, non pas à des moments isolés mais tous les jours, et à chaque minute alors nous connaîtrons l’ordre social, alors il y aura unité de l’humanité, les gouvernements s’appuieront sur le travail d’ordinateurs, et non pas sur les activités de politiciens mus par leur conditionnement et leurs ambitions personnelles. Par conséquent vivre c’est aimer et mourir.

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