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« Le sommeil de l’esclave » Mahi Binebine

mars 21, 2010 1 commentaire
Le sommeil de l’esclave

Le sommeil de l’esclave: la face cachée de la société traditionnelle marocaine. Une histoire triste? Non, féroce, à l’image de la férocité d’une société qui se comptait jusqu’aux limites du ridicule, dans l’univers clos de son cocon étanche et dans le silence est le lot; la hante, le qu’en-dira-t-on, sa hantise…

Venez découvrir l’univers de Dada, l’esclave noire achetée il y a longtemps aux Touareg qui l’avaient razziée avec son jeune frère:

«  Dada est cet étrange petit bout de femme qu’un ami offrit au capitaine, ton héros de grand-père, pour services rendus il y a longtemps déjà. La figure de Dada dévoile à peine son histoire, seule une ombre de rides témoigne de son passé (un visage d’esclave ne vieillit jamais). Ses seins lourd reposent enfin sur son ventre, la  corde nouée autour de ses hanches en guise de ceinture lui donne l’air d’une bossue. Une bossue à l’envers, courbée par l’usure. Et par la honte. « 

 » Pour la première fois de sa vie, Dada avait gouté au plaisir de recevoir un cadeau. Qu’importe que ce fut à soixante ans, pensa-t-elle, avec un peu de patience, on finit par tout avoir en ce bas monde, même un soutien-gorge digne d’une épouse légitime. Osant à peine le toucher, elle contemplait son cadeau avec deux yeux brillants, surpris, tel un enfant ébahi par les couleurs dorées de son tam-tam un jour de fête.« 

«  Ce soutient-gorge fascinait Dada. Mais elle ne l’a jamais porté plus de quelques minutes car elle avait l’impression d’être en laisse. Comme un chien. Un chien de race, bien sûr. Elle dormait peu la nuit. Les visites que lui rendait ton père à l’aube après la prière se faisaient rares. Le fqih n’avait plus les ardeur d’antan, sans compter qu’il se sentait déjà très proche de Dieu. Encore que si Milouda, ta tendre mère, n’avait pas pris l’habitude d’enfermer à clef les petites bonnes (pour les empêcher de te violer, assurait-elle), le vieux aurait été tenté, une fois de plus, de succomber à leur fraicheur adolescente, car « Dieu est beau…et il aime la beauté » se justifiait-il.« 

«  Trempé de sueur, le pagne de Dada lui collait à sa peau. Ses fesses s’y dessinaient comme une poitrine adulte. Rondes, délicates, aussi fermes que celles d’un garçon. Les ayant tôt repérées, le chef en avait fait son domaine privé. La nuit , il ne trouvait de repos qu’en se servant, comme oreiller, de cette partie chaude et frémissante de son corps. Dada mit bien du temps à s’habituer au caprice du chef. La première nuit, elle ne parvient pas à dormir. Pourtant elle se sentait si fatiguée.« 

« Parfois, il lui arrivait d’envier le bon dieu qui savait tout; elle en était même jalouse mais elle s’en repentait aussitôt. N’empêche, elle aurait aimé savoir, elle aussi: sa mémoire ne manquait pas  de place, elle y aurait bien trouvé un coin pour les garder au chaud, ces secrets.« 

« Le commerce du Berbère était  florissant. Ses étals s’étendaient peu à peu dans la rue, bousculant ceux de ses voisins. il n’avait pas de confidents et refusait d’en avoir.  » L’ami du commerçant est sa perte », telle avait été la devise de ses aïeux !…Le Berbère n’offrait jamais de thé. Et puis il était si ennuyeux: il ne s’occupait que de ses propres affaires et n’éprouvait aucun plaisir à la médisance. Ainsi, la quarantaine où il s’était volontairement cantonné lui procurait un bonheur singulier.« 

« Devant la porte, Dada attendait avec toi, suivant à la lettre les consignes de Milouda: elle ne devait repartir qu’une fois « le colis remis en mains propres ». Les propres mains de Mme kolomer. Le colis c’était toi, enfance empaquetée avec soin, protégée de la racaille du quartier. »

« Quand il ne dormait pas, Mbark marchait la tête baissée, le pas pressé comme un rendez-vous urgent, pourtant il n’y avait aucune hâte sans sa vie, vie sans bruit, écoulée à petits flots entre fontaines et ruelles. Il avait les plus longs bras de la cité…En le regardant, Dada affirmait que les mains du bon dieu avaient manqué d’argile, cette agile jamais abondante dont on fabrique les pauvres gens. Elle savait de quoi elle parlait, elle-même était aussi petite qu’une piaf!  »

 » Les menstrues, dont la fin indiquait d’ordinaire le jour du hammam, ne venaient plus. c’était la période où ses seins trahissaient déjà le début de sa grossesse. Nausées et fatigue bientôt seraient au rendez-vous pour confirmer ce désordre. Dada en tremblait. Comment imaginer l’honneur du maitre souillé par une histoire de fornication avec une esclave? « 

 » – Mbark, le maître me vole depuis longtemps…
Mais qu’est ce que tu racontes? Es-tu devenue folle? On ne vole pas son bien! Tu as été achetée, Dada, tu es une esclave et tu as de la chance de ne pas l’ignorer, bien d’autres le sont sans le savoir!
– Ne m’embrouille pas, Mbark. Le maître me vole… je veux dire pendant mon sommeil.
Tu as couté fort cher, Dada! Le sommeil est compris. En plus, il n’est pas de première main, ton sommeil !
-Tu parles comme les maîtres Mbark.
– C’est parce que je dit vrai! Les maîtres disent toujours vrai, c’est pour ça qu’ils sont maîtres. Mais parles, parle, soulage ton silence.    -Au début, ça me faisait mal, son corps est si lourd qu’il m’étouffait, mais je n’ai jamais crié.
– Il ne manquerait plus que ça! Ah! ces esclaves! A peine les laisse-t-on parler qu’ils veulent déjà crier! mais où va le monde?
-Après ça été plus facile. J’ai dû prendre l’habitude… et même que je l’attendais! Tu sais j’étais triste quand il oubliait de venir, son odeur me manquait. La nuit il m’appelle mon enfant. Les maîtres sont si tendre la nuit!  »

à suivre…
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