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L’âge d’homme, de Michel Leiris

avril 7, 2011 Laisser un commentaire

l'age d'hommeMettre à nu certaines obsessions d’ordre sentimental ou sexuel, confesser publiquement certaines des déficiences ou des lâchetés qui lui font le plus honte, fut pour Leiris un moyen de rechercher une plénitude vitale, dont l’activité littéraire apparaît l’un des plus commandes instruments. « Ce que je méconnaissais, c’est qu’à la base de toute introspection il y a goût de se contempler et qu’au fond de toute confession il y désir d’être absous. Me regarder sans complaisance, c’était encore  me regarder, maintenir mes yeux fixés sur moi au lieu de les porter au-delà pour me dépasser vers quelque chose de plus largement humain. Me dévoiler devant les autres  mais le faire dans un écrit dont je souhaitais qu’il fut bien rédigé et architecturé, riche d’aperçus et émouvant, c’était tenter de les séduire pour  qu’ils me soient indulgents, limiter – de toute façon– le scandale en lui donnant forme esthétique. »,  nous dit l’auteur .

« Adulte, je n’ai jamais pu supporter l’idée d’avoir un enfant, de mettre au monde un être qui, par définition, ne l’a pas demandé et qui finira fatalement par mourir, après avoir peut-être, à son tour, procréé. Il me serait impossible de faire l’amour si, accomplissant cet acte, je le considérais autrement que comme stérile et sans rien de commun avec l’instinct humain de féconder. J’en arrive à  penser que l’amour et la mort — engendre et se défaire, ce qui revient au même — sont pour moi des choses si proches que toute idée de joie charnelle ne me touche qu’accompagnée d’une terreur superstitieuse, comme si les gestes de l’amour, en même temps qu’ils amènent ma vie en son point le plus intense, ne devaient que me porter malheur. 

« On m’a raconté qu’un homme que j’ai connu, et qui s’est suicidé, se rappelait avoir conçu, dès sa première enfance, une haine irrémissible à l’égard de son père, du jour qu’il l’avait entendu péter. L’hostilité que j’ai contre le mien vient surtout de son aspect physique inélégant, de sa vulgarité bonasse et de l’absence totale de goût qu’il avait en matière artistique. Possédant une voix de ténor agréable, il chantait des romances de Massenet, et cette sensualité bébête m’exaspérait. Je n’au jamais eu l’idée qu’il pût se passer quelque chose de vraiment érotique entre ma mère et lui. »

« Mon activité principale est la littérature, terme aujourd’hui bien décrié. Je n’hésite pas à l’employer cependant, car c’est une question de fait : on est littérateur comme on est botaniste, philosophe, astronome, physicien, médecin. A rien ne sert d’inventer d’autres termes, d’autres prétextes pour justifier ce goût qu’on a d’écrire : est littérateur quiconque aime penser une plume à la main. Le peu de livres que j’ai publiés ne m’a valu aucune notoriété. Je ne m’en plains pas, non plus que je ne m’en vante, ayant une même horreur du genre écrivain à succès que du genre poète méconnu. »

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