Le droit à la paresse de Paul Lafargue

Paul lafargue, gendre de Karl Marx, se targuait de réunir en lui le sang de trois peuples opprimés (juif et caraïbe par sa mère, mulâtre par son père). Sa vie se confond avec la naissance du mouvement socialiste international. Pour lui le travail ne deviendra une passion utile à l’organisme social que lorsqu’il sera réglementé et limité à un maximum de trois heures par jour. Dans le Droit à la paresse, il rêvait de ne plus jamais plier l’échine ni de se prosterner devant la machine…

« Ô paresse, prends pitié de notre longue misère! Ô paresse,mère des arts et des nobles vertus, sois le baume des angoisses humaines! »

« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis des siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussé jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture. »

« Dans la société capitaliste, le travail est la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique. Comparez le pur-sang des écuries de Rothschild, servi par une valetaille de bimanes, à la lourde brute des fermes normandes, qui laboure de la terre, chariote le fumier, engrange le moisson. »

« Les grecs de la grande époque n’avaient, eux aussi, que mépris pour le travail aux esclaves seuls il était permis de travailler. L’homme libre ne connaissait que les exercices corporels et les jeux de l’intelligence. »

« Notre époque est, dit-on, le siècle du travail; il est en effet le siècle de la douleur, de la misère et de la corruption. »

« Le bourgeois était un homme rangé, de mœurs raisonnables et paisibles; il se contentait de sa femme ou à peu près; il ne buvait qu’à sa soif et ne mangeait qu’à sa faim. Il laissait aux courtisans et aux courtisanes les nobles vertus de la vie débauchée. Aujourd’hui, il n’est fils de parvenu qui ne se croie tenu de développer la prostitution et de mercurialiser son corps pour donner un but au labeur que s’imposent les ouvriers des mines de mercure; il n’est bourgeois qui ne s’empiffre de chapons truffés et de Laffite navigué, pour encourager les éleveurs de la Flèche et les vignerons du Bordelais. A ce métier, l’organisme se délabre rapidement, les cheveux tombent, les dents se déchaussent, le tronc se déforme, le ventre s’entripaille, la respiration s’embarrasse; les mouvements s’alourdissent, les articulations s’ankylosent, les phalanges se nouent… »

« La nature, dit Platon, dans son utopie sociale, dans sa République modèle, la nature n’a fait ni coordonner, ni forgeron; de pareilles occupations dégradent les gens qui les exercent, vils mercenaires, misérables sans nom qui sont exclus par leur état même des droits politiques. Quant aux marchands accoutumés à mentir et à tromper, on ne les souffrira dans la cité que comme un mal nécessaire. »

« Paressons en toutes choses, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant. »