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Charly 9, le roi barjo

septembre 4, 2011 1 commentaire

Charles IX fut de tous les rois de France l’un des plus calamiteux. A 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint Barthélemy qui épouvanta l’Europe entière. Abasourdi par l’énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses. Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous. Pourtant, il avait un bon fond.

Sur le carnage de la Saint Barthélemy:  » Une pancarte indique : Ici, l’amiral est pendu par les pieds à faute de tête!
Coligny nu, châtré aussi à coups de tranchant de pelle, n’est plus qu’un malheureux débris suintant qui commence à rendre des senteurs proprement insoutenables. Le monarque poursuit vers lui en humant l’air alors que les autres ne peuvent aller plus près. Navarre (qui pourtant ne sent pas la rose) s’arrête à son tour :
— C’est vrai que c’est quand même vigoureux comme odeur!… Charly, comment peux-tu supporter ces effluves et grimacer à mon fumet?
Charles IX contourne la dépouille verte et gonflée, visage l’effleurant. Il la renifle longuement. Sur la pointe des pieds, il se délecte du parfum des mutilations. Sa tête ondule au bout du cou comme un serpent qui danse. Il sourit derrière la carcasse en voyant là-bas princes et seigneurs serrant leur appendice nasal, se moque d’eux :
— Je ne bouche pas mon nez comme vous autres car le cadavre de son ennemi sent toujours bon. »

Le remords, c’est un rat mort dont l’odeur pue :  » — Voilà une souillure dont tu ne te laveras pas facilement. Tu as de tous les plus vils tyrans de l’Histoire réuni les forfaits ! Les Vêpres siciliennes et le banquet « fraternel » où César Borgia fit étrangler ses invités sont innocentes bagarres de rue d’après bals comparées à ton incroyable délit. Tout l’accuse en son esprit troublé. Même derrière lui, sur la tapisserie surannée et banale tel un décor d’opéra qu’il voit inversée dans le reflet, le cerf aux abois en a l’œil devenu noir qui clignote comme un battement de cils stupéfait.
— De toi à moi, quelle est la route ? reprend le roi face à son reflet. Que ferais-je désormais ? Où irais-je, chétif? Pour le mal que j’ai fait, il convient de me cacher. Dois-je me retirer dans ma chambre ou dans quelque désert ou sous quelque rocher? Où fuir?
Après ce torrent de paroles d’un jeune homme qui, d’ordinaire, n’en est pas prodigue, il s’exclame.
— À moi ! crie-t-il, les yeux troubles et la tête lourde. À moi !…
Maintenant accoudé, index le long de la tempe, il fait fumer son âme avec tous ses malheurs. Plus pâle qu’un cadavre et plus tremblant qu’un chien, de ses milliers de victimes il voit errer les ombres. Une main invisible s’appesantit sur lui. Bouche blême restant à demi ouverte, de puantes chenilles infectent le cerveau de Charles. Yeux fixes, il paraît égaré en ce beau jour de septembre attiédi et pris d’un souci plutôt entêté. Ses sens n’ont plus de sens. Son esprit qui s’envole le conduit à l’assaut d’une fantaisie s’emparant, à sa ceinture, d’un poignard fort riche et décoré de turquoises, il s’entaille l’index qui était contre sa tempe. La lame effilée ouvre la chair jusqu’à l’os et le sang coule sans que bouge un nerf de sa face. Triste, morne et pensif sous des lambris chamarrés, il lèche le sang et, alors qu’il coule à nouveau, le renifle longuement sous son grand nez de Valois. Lui, le buveur d’eau de fleurs, s’en délecte aussi en œnologue comme s’il goûtait un grand cru, trouve à l’hémoglobine une saveur ferreuse enivrante. Gencives rougies aux crocs blancs de souris, il constate : — Ça saoule. « 

De la fausse monnaie :   » — Qu’est-ce que c’est?
— Une pièce de monnaie que j’ai forgée!
Charly 9 a tendu son œuvre au prélat pour connaître son avis : — Qu’en pensez-vous, monsieur le cardinal de Lorraine ?!
L’interlocuteur saisit la rondelle entre les doigts de ses gants rouges et la soupèse.
— Oui, bon, c’est léger ! s’agace le monarque. C’est un teston en fer mais quoi, je n’allais pas prendre de l’or ou de l’argent non plus ! Vous savez combien ça coûte ?!
L’homme d’Église retourne la chose, en contemple le revers aux fleurs de lys écrabouillées puis l’avers où l’on voit, sous un front ceint de laurier, un profil d’enfant abîmé.
— Les défauts à la joue ressemblent aux rides qui me viennent précocement. J’y suis plus ressemblant que sur les traditionnelles, non ?
Le dignitaire catholique ne sait que répondre alors que Sa Majesté très excitée s’enflamme :
— C’est un premier essai, hein !
— Ah, parce que vous comptez en forger d’autres ?
— Plein ! Et aussi des écus soleil (peints en doré bien sûr), sols parisis, douzains, liards, deniers…
— Tu veux faire de la fausse monnaie ?
Demandant cela, Anjou écarquille ses yeux tandis que pour ceux, globuleux, de la reine mère, c’est déjà fait :
— Mamma mia…
Le cardinal se glisse une main dans le dos en s’interrogeant :
— Sommes-nous le 1er avril ? Ben non, c’était il y a presque deux semaines…
Charly 9 aimerait comprendre le manque d’enthousiasme du prélat lorrain :
— Vous ne trouvez pas ma pièce assez ronde ?
— Non, la rondeur, ça va… C’est surtout à quoi sert-elle ?
— À quoi ça sert ? Eh bien, mes sujets vont pouvoir s’acheter ce qu’ils veulent avec !… du pain, des brassées de radis, de bons morceaux de bœuf gras dont les boucheries regorgeront, je ne sais pas, moi. Tout ce qu’ils veulent, quoi !
Anjou se met à rire d’un bruit de moulinet alors que le souverain tend un bras à la César avec, au bout, la petite pièce à son effigie : — La France a un problème,  je le résous !  Elle n’a plus de sous, j’en fais comme ça il n’y a plus de problème. Fallait y penser, hein ? « 

Charly le bon, Charly le maudit :  » — Voulez-vous du muguet ? C’est de la part de Notre Majesté qui ne boit que de l’eau où trempent des fleurs…
Assis sur son banc et dos à un misérable lit de feuilles de châtaignier, un père squelettique, qui portait la cuillère à sa bouche d’un air rien moins que soumis, râle après Charly 9 :
— Pour une fois qu’il nous file à bouffer, celui-là !… Donnes-en une poignée, soldat, pour mettre dans la soupe.
Le père répartit également les clochettes et les feuilles de porte-bonheur dans chacune des écuelles de sa famille en calculant :
— Toujours ça de plus à becqueter !…
Puis ils se remettent à manger mais soudain suffoquent, tombent, les yeux révulsés. Ailleurs, c’est une mère qui fait boire à son tout-petit l’eau du gobelet où elle avait plongé la tige d’un brin :
— Allez, ça masquera l’odeur de vase de la Seine. Encore une gorgée pour Notre Altesse !
L’enfant devient violet, tétanisé. Des gens vomissent contre un mur orné d’un graffiti : « Roi de rien ! » Ils ont cru agir tel le monarque en mangeant leur porte-bonheur ou buvant l’eau des fleurs sauf que le muguet est particulièrement toxique. Tige, feuilles, clochettes, sont mortelles sitôt ingérées. D’une agression voisine de la digitaline, même l’eau où a plongé ce porte-bonheur enflamme la gorge, provoque des nausées, diarrhées immédiates. Panique respiratoire, augmentation fantastique de la pression artérielle, on meurt vite d’un arrêt cardiaque. C’est une hécatombe dans Paris.
— Ah, nom de Dieu de nom de Dieu ! Palsangué, vertuguoy, taguienne !…
Sous une frise de pierre où s’insèrent des enfants joueurs tenant des guirlandes fleuries, Catherine de Médicis passe, catastrophée, dans le couloir au rez-de-chaussée du pavillon des reines :
— Bon, le coup du muguet pour le 1er mai, ça aussi c’est une idée… il va falloir l’oublier et le mieux serait qu’en fait le roi retourne à la chasse.
— Oh, morte couille ! Je n’aurai donc jamais de repos ! Quoi ! Toujours des troubles !
Le monarque, dans le même pavillon que sa mère, grimpe à l’étage vers les appartements de sa femme :
— Trop heureux le mortel qui peut cacher sa vie ! Le trône est souvent chargé d’infortunes ! « 

Charly 9 de Jean Teulé , Julliard , 2011 , 2260018246, 240 pages, 19 €

Le passé simple, de Driss Chraïbi

juin 29, 2011 5 commentaires

Le passé simple de Driss Chraïbi
Denoël, 1954
ISBN :  2070377282 – 273 pages – 7 €

Le passé simple nous introduit au cœur de la famille du Seigneur, un potentat marocain. Cet homme tranche au nom d’Allah : tout lui est bon pour faire fructifier son immense fortune ; la religion s’enseigne dans la peur du corps et dans la désolation de l’âme, les êtres ne vivent pas, ils se contentent d’exister, aussi bien les enfants que leur mère. Mais la guerre est là qui rend plus sensibles les failles de la société arabe plus encore de despotisme du père. Driss Ferdi se révolte : il est issu de l’Orient qu’il renie. Heureusement ou malheureusement, il demeure l’invité de la civilisation occidentale. Petit-fils de saint musulman, éduqué dans des écoles européennes, il vit à la fois le drame de son émancipation personnelle et le conflit de deux civilisations dans sa vie l’a fait tributaire. A Fès, où on l’a envoyé pour attirer la grâce de Dieu sur les affaires paternelles, il fait l’apprentissage de la liberté. Il lui faudra refuser les avances d’un douteux saint homme, se faire respecter par un oncle trop docile devant les grands du jour ; il aura l’occasion de faire entendre sa voix dans la grande mosquée au cours de la nuit du Destin. Son cri, c’est celui de sa génération. Il trouvera la force de supporter la mort de son frère, le suicide de sa mère, la force et le courage de se délivrer de sa révolte : peut-être sera-t-il ainsi un de ceux qui vont changer la face du monde, au point de fusion des civilisations de l’Orient et de l’Occident.

 » Selon l’état hépatique de l’honorable professeur, les coups sur la plante des pieds s’échelonnent entre dix et cent. Il est vrai que les petits ont droit jusqu’à dix coups seulement. Les plus âgés peuvent supporter davantage. Toute règle comporte une exception. Ainsi, les élèves à tête d’ange sont dispensés de tout châtiment. Quelquefois aussi les enfants de riches. Mais, en matière de compensation, il existe fort heureusement les têtes dures et les bêtes noires. Sans quoi il n’y aurait pas d’emploi pour les entraves et les falaquas. Pour moi, élève ordinaire, je suis sincèrement reconnaissant envers mes maîtres d’avoir si bien nivelé et affermi la plante de mes pieds. Je peux sans difficultés faire des kilomètres de marche. D’ailleurs, tous ceux qui sont passés par ces écoles sont de rudes marcheurs. Exemple : les coureurs marocains. « 

 » Le jeûne est généralement admis dans les croyances et partout suivi comme un rite millénaire. C’est-à-dire qu’en dehors de ceux qui sont obligés de travailler tous les jours pour survenir à leurs besoins, les gens paressent dans leurs lits jusqu’à midi et font ensuite des parties interminables de poker ou de loto, pour tuer le temps et tromper la faim. Les jeux de hasard sont interdits par la loi et le Ramadan est un mois de recueillement et de prières. J’ai toujours vu mon père pendant ce jeune d’une humeur particulièrement massacrante parce qu’il ne pouvait pas fumer, il sortait faire un petit tour vers midi, rentrait et épuisait tous les sujets de conversation et toutes les occasions de dispute. Le soir, il redevenait le plus doux des hommes parce qu’il avait fumé et ne disait plus rien parce qu’il fumait jusqu’au matin […] Le pèlerinage à la Mecque est prétexte aux Marocains riches pour visiter les pays du Proche-Orient. Je cite le cas de mon père qui est resté trois ans absent ; soi-disant pour se recueillir sur la Kaaba, la sainte Pierre Noire. A son retour, venant du Hedjaz, il distribua des dattes de Médine et du bois de santal à ses proches et amis, heureux d’avoir même un grain de poussière du pays saint. Ma mère lèche encore une de ces fameuses dattes, la vingt-septième nuit du Ramadan, la nuit du Pouvoir où « anges et démons fraternisent sur les gazons tapissés de pétales de roses, au paradis ». Mon père tendit sa dextre en un geste magnanime et tout le monde la baisa et la baise encore en gratifiant son possesseur du titre de Haj, c’est-à-dire un type qui a été à la mecque. Par la suite, il devait nous apprendre que la presque totalité de sa fortune avait fondu dans les tripots de Damas et du Caire. Mais il s’est réellement recueilli sur la Kaaba et a donc droit à son titre. Louange à Dieu très-haut, père de l’univers et roi du Jugement dernier ! »

 » Je marchais dans la ville. J’allais vadrouillant, réceptif aux déclics. Comme une chienne de vie, je poussais devant moi le poids d’une civilisation. Que je n’avais pas demandée. Dont j’étais fier. Et qui me faisait étranger dans cette ville d’où j’étais issu. Je cousais rues et ruelles. Idées et visions. J’accusais chaque passant, chaque pierre. Il était celui qui n’oserait pas me jeter la pierre. Elle était la pierre qu’il n’oserait pas me jeter. Je n’étais plus de ceux qui vidaient un bidon de pétrole sur une tribu de Juifs, une fois le temps, réveils des épopées médiévales, et les regardaient brûler vifs, torches vives ; ni de ceux qui léchaient des dattes de Médine et cultivaient le culte des fossiles. Mon père s’appelait Roche, mes frères Berrada, Lucien, Tchitcho. Ma religion était la révolte. Jusqu’à cette mère dont je savais les glandes desséchées et les tendresses monstrueuses. « 

Stupeur et tremblements

mai 10, 2011 Laisser un commentaire

stupeur et tremblements Amélie NothombMonsieur Haneda était le supérieur de monsieur Omochi, qui était le supérieur de monsieur Saito, qui était le supérieur de mademoiselle Mori qui était ma supérieure. Et moi, je n’étais la supérieure de personne. On pourrait dire les choses autrement. J’étais aux ordres de mademoiselle Mori, qui était aux ordres de monsieur Saito, et ainsi de suite, avec cette précision que les ordres pouvaient, en aval, sauter les échelons hiérarchiques. Donc, dans la compagnie Yumimoto, j’étais aux ordres de tout le monde…

Amélie, une jeune femme belge, vient de terminer ses études universitaires. Sa connaissance parfaite du japonais, langue qu’elle maîtrise pour y avoir vécu étant plus jeune, lui permet de décrocher un contrat d’un an dans une prestigieuse entreprise de l’empire du soleil levant, la compagnie Yumimoto : « L’argent, chez Yumimoto, dépassait l’entendement humain. A partir d’une certaine accumulation de zéros, les montants quittaient le domaine des nombres pour entrer dans celui de l’art abstrait. ». Fascinée par la hiérarchie d’entreprise japonaise, précise et méthodique, la jeune femme l’est d’autant plus par sa supérieure directe, l’intrigante et fière Mademoiselle Mori. Pourtant, Amélie va rapidement déchanter à la découverte d’une culture qu’elle ne connaît absolument pas : « J’étais consciente de cette injustice et pourtant je m’y soumettais à fond. Les attitudes les plus incompréhensibles d’une vie sont souvent dues à la persistance d’un éblouissement de jeunesse : enfant, la beauté de mon univers japonais m’avait tant frappée que je fonctionnais encore sur ce réservoir affectif. ». D’erreurs en maladresses et en échecs, commence alors pour elle, comme dans un mauvais rêve, la descente inexorable dans les degrés de la hiérarchie, jusqu’au rang de surveillante des toilettes, celui de l’humiliation dernière : « Petite, je voulais devenir Dieu. Très vite, je compris que c’était trop demander et je mis un peu eau bénite dans mon vin de messe : je serais Jésus. J’eus rapidement conscience de mon excès d’ambition et acceptai de « faire » martyre quand je serais grande. Adulte, je me résolus à être moins mégalomane et à travailler comme interprète dans une société Japonaise. Hélas, c’était trop bien pour moi et je dus descendre un échelon pour devenir comptable. Mais il n’y avait pas de frein à ma foudroyante chute sociale. Je fus donc mutée au poste de rien du tout. Malheureusement, j’aurais dû m’en douter, rien du tout, c’était encore trop bien pour moi. Et ce fut alors que je reçus mon affectation ultime : nettoyeuse de chiottes. ». Une course absurde vers l’abîme où l’humour percutant d’Amélie Nothomb fait mouche à chaque ligne.

L’adaptation du roman:

Passages choisis:
 » S’il faut admirer la Japonaise, et il le faut, c’est parce qu’elle ne se suicide pas. On conspire contre son idéal depuis sa plus tendre enfance. On lui coule du plâtre à l’intérieur du cerveau : « Si à vingt-cinq ans tu n’es pas mariée, tu auras de bonnes raisons d’avoir honte », « si tu ris, tu ne seras pas distinguée », « si ton visage exprime un sentiment, tu es vulgaire », « si tu mentionnes l’existence d’un poil sur ton corps, tu es immonde », « si un garçon t’embrasse sur la joue en public, tu es une putain », « si tu manges avec plaisir, tu es une truie », « si tu éprouves du plaisir à dormir, tu es une vache »… Ces préceptes seraient anecdotiques s’ils ne s’en prenaient pas à l’esprit. Car, en fin de compte, ce qui est assené à la Nippone à travers ces dogmes incongrus, c’est qu’il ne faut rien espérer de beau. N’espère pas jouir, car ton plaisir t’anéantirait. N’espère pas être amoureuse, car tu n’en vaux pas la peine : ceux qui t’aimeraient, t’aimeraient pour tes mirages, jamais pour ta vérité. N’espère pas que la vie t’apporte quoi que ce soit, car chaque année qui passera t’enlèvera quelque chose. N’espère pas même une chose aussi simple que le calme, car tu n’as aucune raison d’être tranquille. « 

 » Les parents se permettent les plus délicats lyrismes quand il est question de nommer une fille. En revanche, quand il s’agit de nommer un garçon, les créations onomastiques sont souvent d’un sordide hilarant. Ainsi, comme il était on ne peut plus licite d’élire pour prénom un verbe à l’infinitif, monsieur Saito avait appelé son fils Tsutomenu, c’est-à-dire « travailler ». Et l’idée de ce garçonnet affublé d’un tel programme en guise d’identité me donnait envie de rire. J’imaginais, dans quelques années, l’enfant qui rentrerait de l’école et à qui sa mère lancerait : « Travailler ! Va travailler ! » Et s’il devenait chômeur ? « 

Le gone du Chaâba, Azouz Begag

mars 18, 2011 4 commentaires

Le Chaâba ? Un bidonville près de Lyon…Un amas de baraques en bois, trop vite bâties par ces immigrants qui ont fui la misère algérienne. Les éclats de rire des enfants résonnent dès le lever du soleil. Les gones se lavent à l’eau du puits et font leurs devoirs à même la terre. Mais chaque matin, ils enfilent leurs souliers pour se rendre à l’école avec les autres…Là, de nouveaux horizons apparaissent : un monde de connaissances, de rêves et d’espoirs.

« – Quand mon père habitait à Sétif, il travaillait chez un patron qui était pied-noir aussi. C’est lui qui me l’a dit. Même qu’il s’appelait Barral.
– Qu’est-ce qu’il faisait votre père, à Sétif ?
– Il était journaliste dans la ferme de Barral…
– Journaliste ? Dans une ferme ? interroge le prof, ébahi.
– Oui, m’sieur. Il gardait les moutons, il s’occupait des chevaux, il travaillait la terre, toute la journée.
Il éclate de rire avant de dire :
– Ah! Vous voulez dire qu’il était journalier ?!
– Je ne sais pas, m’sieur. Mon père dit toujours qu’il a été journaliste. Alors moi je répète ce qu’il me dit.
– Non, non, repend-il, on dit journalier. Mais vous savez, tous les pieds-noirs n’avaient pas de ferme comme Barral en Algérie…
Je ne réponds rien. Tout ce que je sais, c’est que mon père dit que les « binoirs » n’aiment pas les Arabes, et surtout ceux qui travaillent avec lui, à l’usine. Il parait qu’ils disent toujours aux Algériens du chantier : « Vous avez voulu votre indépendance et maintenant vous venez travailler ici ! » Ils ne comprennent pas. Et moi non plus. On aurait dû rentrer chez nous depuis longtemps. »

Sur l’indifférence apparente du père: « Mais comment lui dire ? Comment lui écarter les yeux ? Il faudrait qu’il lise Baudelaire…Mais qui va lui apprendre à lire ? Il n’y a rien à faire. De toute façon, la poésie ne lui ouvrira pas le cœur. A-t-il un cœur comme le nôtre, au moins ? Zidouma avait peut-être raison…mais il y a les paquets de bonbons qu’il m’apportait ces derniers temps…Non, on ne peut pas dire qu’il n’a pas de cœur. Il en a un de cœur, mais malheureusement il est mobile. Parfois il prend des vacances. Il est frivole. Et mon père se retrouve tout nu, sans pitié, sans affection. Bouzid, il est comme ça : un homme au cœur voyageur. En ce moment, il est en pierre. Inaccessible. Il ne veut pas entendre parler de déménagement, ne dit jamais rien, ne partage aucun sentiment. Son cœur a pris ses congés annuels. Il aurait pu partir une autre saison, au moins ! »

« À la maison, l’arabe que nous parlons ferait certainement rougir de colère un habitant de La Mecque. Savez-vous comment en dit les allumettes chez nous, par exemple ? Li zalimite. C’est simple et tout le monde comprend. Et une automobile ? La taumobile. Et un chiffon ? Le chiffoun. Vous voyez, c’est un dialecte particulier qu’on peut assimiler aisément lorsque l’oreille est suffisamment entraînée. »

L’adaptation cinématographique du roman

L’inspecteur Ali, de Driss Chraïbi

mars 9, 2011 5 commentaires

Le narrateur, Brahim, écrivain de son état, grand amoureux de sa femme écossaise, revient dans son Maroc natal après bien des années passées en France. Brahim est devenu mondialement célèbre avec le personnage de l’inspecteur Ali, hâbleur et provocateur, aussi expert en résolution d’énigmes policières qu’en analyses pertinentes et inattendues au sujet de l’Islam. Mais pour le moment, Brahim prépare à El Jadida, au milieu des siens et de ses amis, la première visite de ses beaux-parents britanniques…le choc de deux modes de vie est l’occasion d’une irrésistible galerie de portraits et d’un tableau de mœurs dont la loufoquerie n’occulte nullement la lucidité.

« C’est un écrivain arabe, la cinquantaine. Six mois après avoir envoyé son manuscrit, il se décide à aller aux nouvelles. Le PDG des Saudi Press Inc. Le reçoit avec des salamalecs, environné de visiotéléphones, de mini-ordinateurs et autres bonnes choses de la vie made in Japan.
Et il lui dit :- Quel est votre nom déjà ?
-Mohamed.
-Ah oui ! Eh bien, mon cher Mohammed, le comité de lecture a pris connaissance de votre manuscrit. Vous avez de la patte, c’est sûr. Certains passages sont poétiques, voire lyriques. Et puis, brusquement, nous tombons dans des préceptes moraux, sociaux, ça nuit au déroulement du récit. Tel qu’il se présente, je crains fort que votre livre ne se vende pas. Nous sommes au XXe siècle, mon cher. Vous ne pourriez pas le remanier un peu, de fond en comble, avec l’aide bien entendu de nos rewriters ? Et quel titre lui donnez-vous ?
-Le Coran, dit Mohammed.
L’inspecteur Ali partis d’un immense éclat de rire. Il se tenait les côtes, il en pleurait. Il s’essuya les yeux avec son grand mouchoir à carreaux et regarda le parterre de policiers saoudiens. Aucun d’eux ne s’était associé à sa gaieté.
-Tiens donc ! se dit-il. Ils sont constipés, ces mecs. »

« Nous nous étranglions de rire depuis un bon moment déjà, Jock surtout qui ne cessait de me demander : Can you translate, Archie ? Please ! Seule, Susan ne s’associait nullement à notre gaieté.
-Vous en voulez une autre, les enfants ?
-Oh oui ! répondirent-ils d’une seule et même voix.
– C’est un pauvre type gris de malheur et maigre comme un bâton brûlé. Il entre dans une pharmacie et dit : « Je voudrait dix grammes de poison. Un poison rapide et sûr. C’est pour ma femme. –Ah ? fait le pharmacien. Tu as une ordonnance du médecin ? –Non, pas d’ordonnance. Mais j’ai apporté la photo de ma femme. Tu veux le voir ? –Ouillouillle ! s’exclame le pharmacien. Ah ! ce qu’elle est moche ! Je te délivre cent grammes de poison, gratuitement… » C’est ainsi que nous arrivâmes à El Jadida, riant et chantant.
-Nice, very nice, this song, répétait Jock. Is it folklore ?
-Folklore toi-même, dit Tarik. Ferme ta bouche et chante avec nous.
J’invitai Miloud à partager notre repas et il accepta avec plaisir. Il devrait être deux heures de l’après-midi d’après la position du soleil. Plis de drapeau dans la vielle, plus une seule fleur dans le terre-plein des avenues. Même les arcs de triomphe avaient été démontés. Oui, le roi n’avait pas pu venir dans la capitale des Doukkala. »

« L’absence a-t-elle une âme ? L’attente aiguise-t-elle cette âme, lui redonne-t-elle une présence plus lancinante que la réalité ? Toute mort ne laisse-t-elle pas derrière elle le souvenir amplifié de la vie ? C’est alors que les gestes et les paroles prennent une signification, émotionnelle et assaillent, étreignent : on voudrait les entendre et les voir de nouveau, les extraire du domaine de la mémoire, les empêcher de vieillir, de rejoindre le passé. Tous sont privilégiés. Que jamais rien ne meure ! C’est alors que naît l’inspiration, à l’exacte frontière du vécu tout récent et de l’attente d’un nouveau moment privilégié. Elle supplée la réalité, lui donne une nouvelle vie. »

« Des chevilles à ma nuque montait, montait un long et lent frisson indicible, fort et ténu à la fois, impossible à définir. Le friselis gagnait mon échine, lentement, puissamment, donnait l’assaut à ce qui me restait de lucidité. Et, dans le même temps, croulait en moi tous les automnes du monde et renaissaient tous les printemps. De mon cerveau pensant ou de mon corps, qui des deux était submergé par l’inspiration créatrice – cette petite clarté qui aveuglait les mots et que j’avais en vain cherchée, patiemment, tenacement, depuis le jour où j’avais entrepris d’écrire le Second Passé simple ? Si tu ne sais pas ce qui s’est passé avant ta naissance, tu resteras toujours un enfant. Voilà la phrase clé, voilà le thème profond ! Derrière les Saddam Hussein et autres rois qui occupaient le devant de la scène, bien avant eux il y avait eu in autre personnage, considérable : le prophète Mohammed. Que oui ! Il était nos tenants et nos aboutissements, l’entendre, le comprendre- et le comprendre en cette misérable fin de siècle. Il me fallait désapprendre tout ce qu’on m’avait appris dans mon enfance, rejeter l’hagiographie, les légendes et les mythes- retrouver ma propre langue, qui n’était ni celle de ma mère ni celle de mon père. Ce fit un rêve très bref, très violant. »‘

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 Du même auteur:

Le monde à côté, 2001.

Le Monde à côté, de Driss Chraïbi

février 25, 2011 3 commentaires

«J’appelle  exil l’ouverture à l’Autre, le besoin de se renouveler et de se remettre en question. Les certitudes sont autant de prisons. C’est en solitaire, hors chapelle, et en plein doute que j’ai publié une vingtaine d’ouvrages.» DC                                              Le Monde à côté mérite bien son titre : C’est un roman autobiographique déjanté, chargé d’éclats de rire et de tendresse. Fuyant la conformité, privilégiant la vie, sa passion pour les femmes, Driss Chraïbi y relate son périple, depuis son arrivée en France en 1945 jusqu’à la fin du deuxième millénaire, les rencontres professionnelles, en Alsace, à l’île d’Yeu, au Canada, à Paris, partout où il a vécu et écrit, au confluent des cultures. Ludique et publique, sans fard, le livre se termine par ces mots : «La vie continue. Bonjour la vie !»

Passages choisis

« — Driss Chraïbi, vous pensez en arabe et vous écrivez en français. N’y a-t-il pas là une sorte de dichotomie ?
J’ai vu venir le journaliste. J’aurais volontiers conversé avec lui un petit quart d’heure d’horloge, le temps que nous fassions plus ample connaissance, le temps aussi de dénicher la petite idée qu’il avait derrière la tête et qui devait avoir la forme d’une étiquette. Mais je n’étais pas seul sur le plateau. C’est pourquoi je lui ai demandé poliment :
— Dicho…quoi ? C’est un vocable qui n’entre pas dans la ligne de mes références.
Il m’a expliqué ce que l’on entendait par « dichotomie », les deux pôles d’un aimant qui se repousse en quelque sorte. Je me suis exclamé :
— Ah bon ! mais, monsieur, le plus grand bonheur d’un homme est d’avoir deux langes dans la bouche, surtout si la deuxième est celle d’une femme. Vous ne trouvez pas ?
Comme il ne trouvait pas, j’ai pris mon plus bel accent de travailleur immigré pour désénerver ce cas de figure :
— Si, misiou ! Ji pense en arabe, mais ji trové machine à écrire qui écrit en francés tote seule. 
L’émission a été coupée net, j’ignore pourquoi.»

« Une appartenance ethnique —voire un patronyme— n’est qu’une étiquette du langage, il me semble. Ce n’est pas une identité. L’identité est ce qui demeure primordial le long d’une existence, jusqu’au dernier souffle : la moelle des os, l’appétit flamboyant des organes, la source qui bat dans la poitrine et irrigue la personne humaine en une multitude de ruisseaux rouges, le désir qui naît en premier et meurt le dernier. »

« Je me suis rendu dans tous les lieux de ma mémoire, au Maroc, en France et ailleurs, partout où j’ai vécu et rêvé. Le soir tombe ici ou là-bas. Du ciel perlent les étoiles, peignant du vert de l’espoir dans le ciel est une larme, une âme. Et toutes sont mes larmes, des parcelles de mon âme. Toutes m’ont parlé avec le langage des origines, avec la langue du poème. Lentement, le poème est devenu une musique. Un à un, j’ai pris par la main puis dans mes bras tous les êtres et toutes les choses que j’ai aimés et qui ont disparu. Et j’ai dansé avec eux sous le ciel vert, valsé, valsé en une valse lente, très lente, de plus en plus lente jusqu’à l’immobilité. La vie continue. Bonjour la vie ! »

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Le Monde à côté,  Driss Chraïbi[ 9782070425785] – 80,00Dhs.

Hue, Dada! – de San Antonio

février 21, 2011 2 commentaires

Amin Dada, roi d’Irlande !
Bon.
Les choses surprenantes, faut pas s’insurger, leur glapir au scandale ; mais les étudier de près et alors, alors seulement, rendre son verdict en son âme et conscience. Toute folie comporte une motivation qui la rend en fin de compte plausible.
Si nous penchons sur le cas Dada, nous dégageons avant toute autre chose sa haine admirative pour le Royaume-Uni en général et pour son symbole absolu, la Reine, en particulier. Ce grand diable, qui monte facilement sur ses grands chevaux, ne peut oublier la férule d’autan. Aussi, lorsque, maître absolu de l’Ouganda, leur demande de le coltiner en palanquin, comme le premier Paul Six venu, leur envoie des charters d’agrumes pour, dit-il en rigolant, les assister, oui, quand Dada s’abandonne à ces grinçantes facéties c’est parce qu’il a au cœur, vis-à-vis de la nation britich, une indéfectible admiration, jointe à une haine farouche. Que, dans son esprit particulier, l’idée ait germé qu’il puisse devenir roi du pays anglophone le plus proche du Royaume-Uni, pays soumis à L’Angleterre et la haïssant aussi fort que lui, oui, qu’une telle idée lui soit venue n’a rien d’époustouillant. Elle est même lo-gi-que.

Passages choisis:

«— Je suis là !
Ne veut rien dire. Mais traduit l’évidence. Quand un type qui est effectivement présent affirme qu’il est présent, cela renforce sa présence. Car des tas de gens sont présents sans en être conscients, ce qui constitue en fait une certaine forme d’absence. Pour être pleinement présent quelque part, il ne suffit pas de proposer sa personne physique que à ce quelque part, mais de participer spirituellement à cette présence, disons-le : de la vouloir totalement. Un présent dont l’esprit n’adhère pas réellement au fait qu’il soit là plutôt qu’ailleurs, n’est qu’un absent en représentation. Ce sui nous amène à constater qu’il y a souvent confusion entre présence et représentation. Une foule d’humains sont en représentation, laissant accroire qu’ils participent. De la sorte, les couches matrimoniales hébergent de faux présents, les parlements en sont parfois emplis, de même que certaines salles de spectacles. L’homme ne possède pas, ne possédera probablement jamais le don d’ubiquité ; par contre, il a admirablement réalisé et mis au point le don de manque. »

« Se faire comprendre des gens intelligents, c’est facile, voilà pourquoi mes zillustres confrères se mettent la gamberge en huit pour chier des phrases hermétiques, manière de compliquer un peu le jeu. Ce faisant, il se ferment à double tour la comprenette des moudus. Tandis que moi, je pense au con avant tout. Si le con me comprend, à plus forte raison le génie. Les grands penseurs qui sont souvent très cons – t’as qu’à les écouter rabâcher à la téloche- négligent les analphabètes, les consternas de la coiffe, les gélatineux du bulbe. Conclusion : ils doivent se contenter d’un lectorat réduit. Ils sont triomphants parce qu’ils ne touchent qu’une élite. Y’a pas de quoi pavoiser, cependant, parce que l’élite est minoritaire et qu’on a jamais rien gouverné –pas même un bol de soupe- avec une minorité. »

« Collectionner est prétentieux, c’est se donner l’illuse de l’immortalité. Je suis toujours apitoyé lorsqu’un pote prend son foot avec une collection de timbres, de bagues de cigares, de jetons provinciaux, de préservatifs royaux, de porte-clés ou de Bugatti. Grouper des choses de même nature, c’est préparer leur dispersion future. C’est mettre dans un récipient le grain à semer. Toute acquisition d’objets précieux est le prélude à leur vente. Personne n’a jamais rien conservé au-delà de quelques générations. T’es content ? Moi aussi ! On hérite jamais qu’une chose : la vie ! Et on la lègue avant de mourir, c’est le plus joyeux des héritages. »

« L’art véritable de ce siècle, celui qui aura eu le plus marqué de son empreinte, qui aura eu le retentissement le plus universel et le plus profond, ce n’est ni celui de Picasso ni celui de Kandinsky, pas plus que celui de Miro ou de Magritte, non, l’art souverain du vingtième siècle restera celui de Walt Disney. Les nains de Blanche-neige et le canard Donald demeurent les créations les mieux abouties, celles dont l’impact aura été le plus grand. L’individu de notre époque appartiendra à Disney, jusqu’à la fin de ses jours et des jours de ses enfants. Le Cubisme, le Surréalisme, l’Abstrait ne signifient rien comparés à Atchoum ou à Bambi. »

« Vous le savez, les dents du maréchal Amin Dada sont très recherchées pour la qualité de leur ivoire, bien supérieure à celle de la défense d’éléphant, son homologue chez les herbivores. Il est notoire que la denture, quand elle est exceptionnelle, révèle des destins d’exception. Napoléon I naquit avec une dent, Adolphe Hitler ne possédait que des canines et des incisives, Amin Dada, lui, offre une particularité unique dans l’histoire humaine : ses dents repoussent. Il n’eut jamais de dents de lait, s’étant montré carnivore dès sa naissance, puisqu’il mangea au lieu de le téter le sein de sa nourrice. Cet être d’élite eut immédiatement les dents longues. Second phénomène à propos de sa denture ses dents sont entièrement en ivoire : ni pulpe, ni émail. Uniquement de l’ivoire. Troisième phénomène enfin pour en terminer avec cette partie capitale de son individu : ses dents ne s’arrêtent de pousser que pour tomber. Lorsqu’il en perd une, celle-ci est reformée dans la semaine qui suit. Bien que la chose ne soit pas rendue officielle, l’on sait que le président-maréchal est sous contrat avec Cartier auquel il assure la totalité de sa production d’ivoire pur. »

Hue, Dada! San Antonio/ Frédéric Dard [ 9782265086395] – 80,00Dhs.

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